‹ ChansonsChapitre 17 sur 201 · IVRESSE · texte numérisé non relu

IVRESSE

Des âmes pures,

Dieu souverain , Tu bannis le chagrin , Tu fermes nos blessures.

O vin vermeil ! ô vin sacré !

Reviens à moi , ma voix t'implore Calme l'ennui qui me dévore , Et rends-moi le ciel azuré !

Plus de colères , Plus de soucis ; Tu rends à nos esprits

Les riantes chimères.

Goule toujours , divin trésor ; Ce que je veux, c'est ton ivresse.

C'est ta vapeur enchanteresse Qui fait naître les rêves d'or.

Tout se colore

A l'horizon , Et la froide raison Avec toi s'évapore.

Tout est doré , tout est vermeil ; Le passé n'est plus qu'un nuage ; Le présent dans mon verre nage , Et l'avenir, c'est le sommeil.

La brise est pure ,

L'air embaumé ; Tout est riant , aimé ; Tout soupire et murmure.

Concerts divins, je vous entends; Pour moi le ciel n'a plus de voiles, Et je contemple les étoiles , Et je songe à leurs habitants !

Est-ce un prodige ?

Est-ce une erreur?

L'univers en fureur S'abandonne au vertige !

En vain je veux la retenir ; Jja vieille terre est ébranlée :

La terre tourne ! . . . O Galilée , Je veux boire à ton souvenir !

Sainte ambroisie ,

A ta chaleur.

L'amour renaît au cœur Et la haine s'oublie

Mes amis , venez dans mes bras ; Je suis en pleurs, Tamour m*inonde; J'aime le ciel, j'aime le monde; J'aime ceux que je n'aime pas !

J'aime les cuistres,

Et les enfants, Et les pales savants , Et même nos ministres ;

J'aime les rois, l'hiver, les chiens, Et les poètes romantiques, Et j'aime les mathématiques.

Et les mathématiciens ! . . .

Par toi, tout change, Tout rajeunit ; Et tu donnes l'esprit . Et l'amour sans mélange.

Par toi , les vieillards sont surpris De se sentir encor des flammes ; Les maris embrassent leurs femmes , Les femmes baisent leurs maris !

Encore! encore!

Mais suis-je fou?

La bouteille au long cou S'arrondit en amphore !

Versez toujours ! versez encor !

Mais arrière le vin moderne !

Ce que je bois, c'est le falerne Qui pétille en ma coupe d'or.

Plus de cravate ,

Plus de gilet ; Je foule le duvet Sous ma toge ëcarlate.

J'entends la flûte aux airs si doux , Et cet ami-là , c'est Horace , Qui descend exprès du Parnasse Pour venir trinquer avec nous.

O Messaline ,

Viens dans mes bras ;

Dévoile tes appas ,

Ouvre-moi ta poitrine :

Je veux t' aimer en vrai Romain.

Allons , esclave , allons , des roses !

C'est bien. Va-t'en!... et, si tu l'oses, Reviens nous éveiller demain ! . . .

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