JOURS PERDUS
Sont-ils perdus, Ces jours où nos pensées S'en vont dans la vague bercées Comme des parfums répandus?
Sont-ils perdus?
Ces instants où l'esprit voyage Sans œuvre et sans courage , Sont-ils perdus?
Sont-ils perdus , Ces jours longs par l'absence , Où notre chaleur se dépense En vœux de nul autre entendus?
Sont-ils perdus?
Les serments sacrés qui nous lient Aux cœurs qui nous oublient, Sont-ils perdus?
Sont-ils perdus, Ces jours où l'on espère ,
4St) GCSTAVE > A D A C D.
Où chacun rêve sa cbimcre.
Les veux à rhorîzon tendus?
Sont-ils perdus?
En vain on guette dans Tespace Une âme soeur qui passe.
Sont-ils perdus?
Sont-ils perdus.
Ces soirs où sur la grève On poursuit Tastre qui se lève Et les points au ciel suspendus?
Sont-ils perdus?
Les souffles qui guident nos voiles Sur cette mer d*étoiles , Sont-ils perdus?
S*ils sont perdus , Ces jours et ces soirées.
Ces veilles en vain implorées Et ces lendemains attendus ,
S'ils sont perdus, Âh ! que la foi me soit ravie !
J*aurai perdu ma vie.
S'ils sont perdus.
VEMSE REIXE.
L'ai-je entendu, Tai-je rêvé.
Ce chant apporté par la brise , Qui sur un canal de Venise A mon oreille est currivé?
Écoutez, lu nuit est sereine; Dans l'air une voix a frémi :
Ho! hé! sia premi!
Venise est encore une reine.
C'était le cri du gondolier Qui chante appuyé sur sa rame :
« J'étais amoureux d'une femme Captive aux bras de son geôlier.
La captive a rompu sa chaîne Et relevé son front pâli.
Ho! hé! sîa s tait!
Venise est encore une reine.
« Ils sont partis , les étrangers , Ils ont revu leur Allemagne.
Chacun sa plaine ou sa montagne , Ses sapins ou ses orangers.
Quand la paix succède à la haine , L'étranger n'est plus l'ennemi.
Ho! hé! sia premi!
Venise est encore une reine.
« Reprends le royaume des flots , Épouse de l'Adriatique , Séjour de la sirène antique , Ilot formé de cent Ilots , Vaisseau dont la vaste carène Est d'or et de marbre poU.
Ho! hé! sia stali!
Venise est encore une reine. »
La voix qui m'arrivait ainsi ,
Ce n'était pas la voix d'un homme ;
C'était Venise ou c'était Rome, Car les peuples chantent aussi ; C'était la conscience humaine • Qui trouve partout un écho.
Ho! hé! sia lungo!
Venise est encore une reine.