LES ÉCREVISSES
AiB de PailLisse,
Les ëcrevisses autrefois
Ne marchaient qu'en arrière ; Voici que des docteurs sournois Nous prouvent le contraire.
Mais, croyez-le bien,
Us n'en savent rien , Ce sont pures malices ;
Je les vois toujours
Marcher à rebours :
Vivent les ëcrevisses !
Croyez-en ces poissons savants,
Tout est en décadence ; Les morts ont tué les vivants
Bien avant leur naissance.
Pauvres écrivains, Vos efforts sont vains ;
Allez, prêtres novices, Baiser les autels Des dieux immortels ;
Vivent les écrevisses !
Oui, bientôt on s'habillera Suivant l'antique mode.
Dans tous les arts on proscrira La nouvelle méthode;
Ils sont préparés
A siffler Duprez, Ponchard fait leurs déhces;
(Juant h Rossini ,
C'est déjà fini; Vivent les écrevisses !
Supprimons les inventions
De l'école nouvelle ; Le gaz et ses explosions Valent-ils la chandelle?
Les chemins de fer,
Vomis par l'enfer, Sont du diable complices;
Parbleu! les coucous
Étaient bien plus doux !
Vivent les écrevisses !
Doucement nous remonterons
Le fleuve de la vie; Peut-être que nous trouverons
Sa source en Moscovie :
Nos filles, nos sqbuts, Pour de grands seigneurs
Garderont leurs prémices !
Nous aurons des rois, Nous en aurons trois!
Vivent les écrevisses!
96 GtSTAVE NADAUD.
Mais les écrevisses , ma foi ,
Sont fort bonnes à table :
Dans du vinaigre , croyez-moi ,
C'est un mets délectable.
Pour des crustacés , Ce n'est point assez,
Joignons-y des épices ; Nous les mangerons , £t nous chanterons :
Vivent les écrevisses !
LA MEUNIËRE ET LE MOULI\.
Elle est belle , la meunière , Et son moulin est béni ; Elle est là, joyeuse et fière.
Gomme l'oiseau dans son nid.
Il est là , sur la colline , Gomme un géant s'élevant ; Il étend sa longue échine Et ses bras rouges au vent.
Il est deux choses sur terre Dont mon cœur est plein :
J'aime la meunière, J'aime le moulin.
Voyez comme elle est pimpante , Avec son simple jupon ; Ecoutez comme elle chante
Et recbante sa chanson.
Voyez-le , fier sur sa base , S 'agitant soir et matin ; Écoutez comme il écrase Les épis qui font le pain.
Il est deux choses sur terre ' Dont mon cœur est plein :
J'aime la meunière.
J'aime le moulin.
Oui, j'en jure par mon âme,
Celui-là serait heureux
Qui pourrait avoir pour femme
La meunière que je yeux.
Il produit dans sa journée
Quatre beaux sacs ronds et blancs ;
Il rapporte par année
Au moins sept à huit cents francs.
Il est deux choses sur terre Dont mon cœur est plein :
J'aime la meunière, J'aime le moulin.
Le moulin sans la meunière , C'est le verre sans le vin ; Mais aussi c'est vin sans verre Que meunière sans moulin .
J'aurai des enfants, j'espère. Mais il me faudrait enfin La meunière pour les faire , Pour les nourrir, le moulin.
Il est deux choses sur terre Dont mon cœur est plein :
J*aime la meunière , J'aime le moulin.