JE N'AIME PAS
Je t'aime , tu m'aimes , il m'aime , Nous nous aimons , vous vous aimez ,
Ils s'aiment Voilà bien le tlième
De tous ces mortels enflammés.
Il parait que toute la terre Fait l'amour du haut jusqu'en bas; Moi seul, dans ce (^rand phalanstère, Je n'aime pas !
L'amour.... Eh bien, est-ce ma faute Si ce mot me poursuit partout?
Le monde est une table d'hôte Où l'on ne sert que ce ragoût.
Les petits bambins de huitième , Les filles des pensionnats, Tout cela sait dire : « Je t'aime ! » Je n'aime pas !
Dans les théâtres , quelles gammes De l'Odéon au boulevard !
On aime, jusque dans les drames, A coups de pied et de poignard.
Dans les ballets, on aime en danse; En grands airs , dans les opéras ; Dieu sait comme on aime en romance..,.
Je* n'aime pas!
Que de sottises il débite ,
Ce maudit amour ! Ah ! pour Dieu ,
Mariez-vous donc au plus vite ,
Et jetez de l'eau sur le feu.
Mais non : le vieux bois reprend flamme ;
Ma portière adore ses chats ,
Et mon voisin aime sa femme
Je n'aime pas !
Enfin , dans toutes les carrières , Je ne vois que des amoureux :
Banquiers, commis ou couturières, Gais ou tristes , riches ou gueux , Veuves, garçons ou demoiselles, Laquais, modistes, avocats!
Et les bêtes s'aiment entre elles!...
Je d'aime pas!
ALGISTE,
KTUDIAXT DE DIXlàlUB ANKKR.
Auguste est un étudiant Qui fit son droit à la Chaumière , Toujours chantant, jouant, riant; Aujourd'hui, c'est une autre affaire; Il se range et devient austère.
Oui, mais plus d'un voisin prétegd Qu'il ne peut plus faire autrement.
C'est juste :
Mariez-vous, Auguste.
Il avait des amis barbus , Vieux compagnons de ses bombances ; Maintenant on ne le voit plus Hanter les cafës, ni les danses, Ni ses mauvaises connaissances.
Parbleu! c'est qu'il n'a plus d'amis, Ils sont avocats ou commis.
C'est juste :
Mariez-vous, Auguste.
Il n'était bruit dans son quartier Que de ses galantes prouesses ; Il scandalisait son portier; Maintenant il fait cent promesses De n'avoir plus que deux maîtresses.
Mais sa portière me soutient Que pas une, hélas! ne revient.
C'est juste :
Mariez-vous, Auguste.
Il avait trente créanciers :
D'abord sa blanchisseuse Annette, Ses tailleurs et ses chapeliers , Et sa marchande à la toilette :
Mais il ne fait plus une dette.
Sans doute : son traiteur me dit Qu'on ne lui fait plus de crédit.
C'est juste :
Mariez- vous, Auguste.
Il ne sera pas avoué
Pour gruger la pauvre pratique ,
Agent d'afFaires trop roué, Notaire 61ant en Belgique, Ni même avocat platonique.
Parbleu ! dit-on , je le crois bien , Puisqu'il ne sera jamais rien.
C'est juste :
Mariez-vous, Auguste.