LE PHALANSTÈRE
Tu veux , mon gaillard , Changer la machine ronde.
Et faire , un peu tard , Le bonheur de tout le monde?-
Ah ! tant mieux !
Rendons les hommes heureux , Mon compère;
Rendons les hommes heureux , Et vive ton phalanstère y Mon compère!
Pour g[uérir nos maux , Voyons, que fais-tu? — Des phrases?
Tu forges des mots, Tu nous ranges dans des cases!
Bien plutôt, Donne-nous la poule au pot,
Mon compère; Donne-nous la poule au pot, Et vive ton phalanstère ,
Mon compère!
Du monde surpris Tu rétablis l'équilibre ; Heureux les maris !
La femme redevient libre ! . . . —
C'est un tort :
Rends-la fidèle d'abord ,
Mon compère; Rends-la fidèle d'abord , Et vive ton phalanstère ,
Mon compère !
Sans doute la mer T'a rendu souvent malade ;
De son flot amer Tu fais une limonade. —
Sois plus fin :
Change l'Océan en vin ,
Mon compère , Change l'Océan en vin ,
Et vive ton phalanstère, Mon compère !
On me dit tout bas Que , comme faveur dernière ,
Tu nous orneras D'un bout de queue au derrière.
Mais avant, Embellis-nous par devant ,
Mon compère; Embellis-nous par devant , Et vive ton phalanstère , Mon compère !
Tu n'es qu'un savant ; Mais je vois tes camarades
Traduire souvent Tes leçons en barricades — —
Halte là !
On peut s'aimer sans cela ,
Mon compère ; Va, crois-moi, restons-en là; Et laisse ton phalanstère,
Mon compère.