‹ ChansonsChapitre 96 sur 201 · INSOMNIE · texte numérisé non relu

INSOMNIE

En vain, sur ma couche brûlante, Je cherche un repos qui me fuit; La nuit est sombre , l'heure est lente ; La cloche triste dit minuit.

Les soucis, fils de l'insomnie, Assiègent mon esprit fiévreux ; Une image, cent fois bannie, Cent fois reparaît à mes yeux.

Fée ou muse, mon adorée, Toi qui visites mon sommeil, Ouvre-moi la porte nacrée Du pays où tout est vermeil.

Rappelle-moi l'heureuse enfance , Dore le brumeux avenir; N'est-ce pas toute l'existence , Espérer et se souvenir?

Peuple ma modeste demeure Des amis que j'eus autrefois; Hélas ! il en est que je pleure , Mais en song[e je les revois !

Alors, le temps et la distance Disparaissent comme l'éclair ; Le monde fuit, et je m'élance Dans le vag[ue azuré de l'air.

Le beau ciel , la belle campagne !

Nous sommes deux; nous voyageons; C'est l'Italie ou c'est l'Espagne; Tu peins, je chante, et nous marchons!..

Regarde, ami, cette fenêtre :

Une femme est assise auprès.

Je cherche..;, et, sans la reconnaître.

Je me rappelle tous ses traits.

Est-ce vous, Laure, ou vous, Adèle?

Dîtes-moi votre nom tout bas; Est-ce vous?... Non. C'est encore elle.

Celle que je ne nomme pas !

Âh! ma plaie est encor saignante.... Que vois-je? Elle rae tend la main ; Sa voix est douce et pénétrante :

A demain, dit-elle, à demain!

Elle fuit.... et je veux la suivre

Des liens retiennent mes pas....

Jusqu'à demain laissez-moi vivre.

A demain! Ne m'éveillez pas.

LA VIEILLE SERVAAÎTE.

Gudule est la vieille servante Qui nous tint petits en ses bras ; L'âge a rendu sa main tremblante; Un long fauteuil retient ses pas.

Elle est près du foyer qui brille , Gomme un vieux portrait de famille.

Allons, Gudule, endormez-vous :

La cloche va tinter huit coups.

Dans sa pauvre tète alourdie On sent décroître sa raison ; Toute la famille est grandie ; Elle est l'enfant de la maison.

Mous berçons sa triste vieillesse Gomme elle 6t notre jeunesse.

Allons, Gudule, endormez-vous :

La cloche va tinter huit coups.

Gudule est quelquefois grondeuse , Surtout quand le temps va changer ; Nous écoutons sa voix pleureuse, Sans rire et sans nous corriger.

Chez nous, on n'oserait rien faire Sans son avis.... qu'on ne suit guère.

Allons, Gudule, endormez-vous :

La cloche va tinter huit coups.

Nous lui racontons les merveilles Dont jadis elle nous parlait; Elle écoute des deux oreilles, En égrenant son chapelet.

Nous contons l'histoire éternelle Du diable ou de la fée Urgèle.

Allons, Gudule, endormez-vous :

La cloche va tinter huit coups.

Gudule, autrefois économe, Devint avare à soixante ans ; Chaque année arrondit la somme Qu'elle amasse pour ses enfants.

Or, elle n'a garçon ni fille :

Nous sommes toute sa famille.

Allons, Gudule, endormez-vous :

La cloche a tinté ses huit coups.

CHÂNSOKS. 221

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