‹ ChansonsChapitre 18 sur 37 · LE JOLI COSTUME · texte numérisé non relu

LE JOLI COSTUME

Dans l'alcôve de ma voisine, Un mardi gras, me réveillant, Sous mes habits je vois Rosine Qui se mirait en souriant :

A sa bouche un cigare fume; D'un grivois elle a le maintien.

Oh ! qu'elle est bien !

Oh ! qu't7 est bien !

Beau masque, à ce joli costume Pour mon bonheur ne change rien.

Je comprends que d'un jeune esclave

Virgile ait soupiré le nom ;

Je comprends les mœurs du conclave

Et les soupers d'Anacréon.

Mais son Bathyle, je présume,

Aurait pâli rival du mien.

Oh ! qu'elle est bien !

Oh ! qu'i7 est bien !

Beau masque, à ce joli costume Pour mon bonheur ne change rien.

Mais, sur une tête mignonne, Enfant, ce chapeau doit peser.

Les cheveux noirs qu'il emprisonne Hier appelaient le baiser.

Laisse-les, suivant ta coutume, Flotter sans voile et sans lien.

Oh! qu'e//e est bien!

Oh! qu il est bien!

Beau masque, à ce joli costume Pour mon bonheur ne change rien.

Grâce pour deux captifs encore :

Oui, foule aux pieds ce frac étroit.

En vain, sur la vitre sonore, L'aquilon souffle humide et froid :

Mon cœur, que le désir consume.

Palpitera, chaud près du tien.

Oh! qu'e//e est bien!

Oh! qu'iV est bien!

Beau masque, à ce joli costume Pour mon bonheur ne change rien.

Et je poursuis, et la fillette, Riant toujours, toujours cédant.

Se voit réduite à la toilette Qui parait Eve aux yeux d'Adam.

Trésor à trésor, sur la plume, Je puis recompter tout mon bien.

Oh ! quelle est bien !

Oh ! qu'i7 est bien !

Beau masque, à ce joli costume Pour mon bonheur ne change rien.

SUKGITE MORTUI

Couplets chantés à un déjeuner dont tous les convives avaient tenté ou médité le suicide.

Vous, qui mourez à tout propos Et six fois par semaine, Çà, reprenez haleine :

Le dimanche est jour de repos.

Sortis de terre Par un mystère, Morts, buvons frais : le suicide altère; Déjeunons encor, puis mourons...

Mourons de rire, ou bien courons Nous pendre ailleurs. . . à des bras blancs et ronds. Surgite, pour me suivre, Mortui, qu'on s'enivre; Le verre en main, essayons de revivre!

Bien qu'aux mansardes logés tous, L'Espérance nous reste;

Habitante céleste, De plain-pied elle entre chez nous.

Sous la tutelle De l'immortelle Marchons unis. « Encore un jour, dit-elle; Demain les roses fleuriront, Demain les vignes mûriront.

Demain vos Christs du tombeau sortiront. » Surgite, pour me suivre, Mortui, qu'on s'enivre ; Le verre en main, essayons de revivre !

Roucoulant d'amour sur un toit, Vrai cœur de tourterelle, Quand tu mourais pour elle, Ami, Claire vivait pour toi.

Magicienne Aérienne, De sa fenêtre elle lorgnait la tienne, Et, par les fentes du volet, Vers ton front sous le pistolet De ses doigts blancs un baiser s'envolait. Surgite, pour me suivre, Mortui, qu'on s'enivre; Le verre en main, essayons de revivre !

Point de blasphèmes : autant vaut Aboyer à la lune; La Gloire et la Fortune Ont fait leurs nids d'aigle bien haut; Mais en campagne Sur la montagne, Jeunes chasseurs, si le sommeil vous gagne, Qu'au voisin glacé par le vent Un camarade bon vivant Tende sa gourde et répète : a En avant! » Surgite, pour me suivre, Mortuij qu'on s'enivre; Le verre en main, essayons de revivre !

J'ai quelque droit, vous le sentez.

De prêcher sur ce thème :

J'en suis au quatrième De mes suicides tentés.

En vain je blâme Ce siècle infâme; En vain cent fois j'ai dit : Partez, mon âme! Que Dieu seul la pousse dehors; Rose y tient : je garde mon corps; Ses jolis yeux font revenir les morts.

Surgite, pour me suivre.

Mortui, qu'on s'enivre; Le verre en main, essayons de revivre!

Suicide, monstre odieux, Devant notre eau bénite Rentre aux enfers bien vite...

Mais il vient et sur nous, grands dieux ! Frelon morose, Il se repose :

Pour le chasser prenons le schall de Rose. Les enfants nés dans ce repas D'une rasade et d'un faux pas Vivront cent ans, et ne se tûront pas !... Surgite, pour me suivre, Mortui, qu'on s'enivre ; Le verre en main, essayons de revivre!

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