SOUHAIT
Périsse la beauté fragile , Source de toutes mes douleurs!
Puisse l'âcreté de mes pleurs La flétrir ainsi que les fleurs, La dissoudre comme l'argile !
Que blanchissent tes noirs cheveux Si fiers de leur reflet bleuâtre!
Que ces deux yeux que j'idolâtre, Comme des lampes de théâtre, Au jour naissant perdent leurs feux!
Que les ans plus surs que la fièvre Déchirent enfin mon bandeau !
Qu'ils dévorent ce qui fut beau , Le duvet qui naît sur ta peau Et le miel qu'exhale ta lèvre!
Périsse ta douce gaîté.
Ta gaîté bruyante périsse !
Source ou rosée, à mon caprice,
GUSTAVE M AD AU D
Qu'en lin matin elle tarisse Sons les ardeurs de mon été !
Que je puisse au moins les maudire, Ces plaisirs qui font mon tourment, Et ce corps flexible et charmant, Et les larmes de ton amant.
Et les perles de ton sourire !
Que tout soit perdu sans regret!
Alors, en te voyant paraître.
Les jeunes gens diront peut-être :
« Comment peul-on la reconnaître?
Pourtant naguère on l'admirait. •-
Et peut-être alors trouvcrai-je , Dans quelque lieu sombre et caclié.
Ce calme que j'ai tant cherche, Je serai le champ défriché Qui se repose sous la neige.
0 ma douleur, ô mes amours , Pardonne-moi si je blasphème !
Que peut t'inqiorter à toi-même?
As-tu besoin qn'un autre l'aime.
Puisque je dois t' aimer toujours?
GHANSO\'S INEDITES.
L'KTOILK AHSKXTK.
Los astres indécis
Dans l'espace Xe sont pas tous assis
A leur place.
Plus d'nn soleil a fui
Dans le vide , Faute d'un point d'appui
Qui le j}u.idc.
Que le monde réel
Se dévoile !
Il manque à notre ciel
Une étoile.
L'univers cherche un port
Dans l'abîme , Ignorant le ressort
Qui l'anime.
Tant qu'il n'est pas sauvé
Du naufraije, Dieu laisse inachevé
Son ouvrage.
GUSTAVE IVADAUD.
Que le momie réel
Se déi'oile !
Il manque à notre ciel
Une étoile.
Vas-tu toujours manquer
A la voûte , Astre qui dois marquer
Notre route?
Ou bien annonces-tu ,
Près d'éclore, Soleil de la vertu,
Ton aurore?
Que le monde réel
Se dévoile!
Il manque à notre ciel
Une étoile.
Que l'âme dos humains
Soit meilleure ; Tu prendras nos chemins
A ton heure.
D'en haut tu verseras
La lumière , Pour appeler d'en bas
La prière.
Que le monde réel Se dévoile !
CHAASOXS IXEDITES.
Il manque à notre ciel Une étoile.
Quand montrera son front
L'inconnue , Les astres salûront
Sa venue, Le pôle aura tremblé
Sur un signe; L'aimant fuira troublé
De sa ligne.
Que le monde réel
Se dévoile !
Il manque à notre ciel
Une étoile.
Alors un nouveau jour
Nous pénètre; Xotre cœur à l'amour
Se sent naître; La raison a la foi
Réunie !
Et, dans la libre loi,
L'harmonie!
Que le monde réel
Se dévoile!
Il manque à notre ciel
Une étoile.
GUSTAVE IVADAIID,
Brillera-t-il bientôt,
Le mystère, L'astre qui fait défaut
A la terre?
Cherchi'z-le , froids penseurs,
Dans vos télés :
Cherchez-le dans vos cœurs,
0 poëtes!
()ue le monde réel
Se dévoile !
Il manque à noire ei<'l
Une étoile.
CHANSOMS I\E DITES.
LA .iETXK FILLE EX DEUIL
Pourquoi toujours eu uoir,
La jeune flile?
Elle est sans guide et sans famille ; Voilà tout ce qu'on peut savoir.
Toujours en noir!
Si vous lui demandez la cause De son incurable souci , Sur ses yeux un voile se pose ;
Elle répond ainsi :
u Mon père est mort; ma mère est morte. Ce n'est pas leur deuil que je porte. »
Pourquoi toujours en noir?
Son teint est pâle ; Comme un soupir sa voix s'exhale Et sans pleurer sait émouvoir.
Toujours en noir !
Il J'avais une sœur bien-aimée, Mon frère était vaillant et fort.
.=\insi s'envole la fumée Sous le souffle du Xord.
GUSTAVE NADAUD
Mon frère est mort, ma sœur est morte. Ce n'est pas leur deuil que je porte. "
Pourquoi toujours en noir?
Son front est sombre; C'est moins une forme qu'une ombre.
C'est moins un beau jour qu'un beau soir.
Toujours en no'r !
« J'aurais porté de cœur et d'âme Le nom d'un époux adoré.
Je suis veuve avant d'être femme,
Et telle resterai.
Mon cœur est mort, mon âme est morte.
Ce n'est pas leur deuil que je porte. »
Pourquoi toujours en noir?
Ses yeux sont mornes.
On sent une douleur sans bornes Dans une plainte sans espoir.
Toujours en noir!
(c Que le vent orageux m'entraîne!
Emportez-moi , flux et reflux !
0 mon Alsace , ô ma Lorraine ,
Je ne vous verrai plus.
Car ma patrie est morte, morte!
Et voilà le deuil que je porte. »
CHA\SOi\S IXEDITES.