‹ Chansons inéditsChapitre 27 sur 61 · LUTETIA · texte numérisé non relu

LUTETIA

Lutelia, chère Lntèce, Je vais, si vous le permettez, Avec égards et politesse, Vous dire quelques vérités.

Car il faut toujours qu'on vous flatte; C'est un de vos travers anciens.

A moins, à moins qu'on ne vous batte, Ce qui n'est pas dans mes moyens.

Lutetia, vous êtes femme, Vos yoûts sont légers et divers; Vous avez sans doute de l'âme.

Mais vous avez surtout des nerfs.

Certes, vous êtes la merveille D'un pays vivace et vivant; Mais je puis vous dire à l'oreille Que vous le dites trop souvent.

Il ne se peut pas qu'on irrite Votre orgueil, en vous rappelant

104 GUSTAVE X AD AUD

Que la pudeur sied au mérite , Et la modestie au talent.

Vous portez un homme au pinacle , Vous en faites un demi-dieu ; Et puis ce héros, cet oracle, N'est plus hon qu'à jeter au feu.

Qu'il vous prenne un petit caprice, Un petit accès de fureur, Il faut que la France subisse Votre sottise ou votre erreur.

Vous croyez être assez savante; Mais, Lutetia, songez bien Qu'on ne cesse d'être ignorante Qu'en avouant qu'on no sait rien.

Et comment pourriez-vous apprendre Quand vous prétendez en effet Qu'ailleurs vous n'avez rien à prendre, Et que chez vous tout est parfait?

Chez vous, on prise l'apparence Autant que la réalité, L'esprit, plus que l'intelligence, Et le bruit, plus que la gaîté.

Vous êtes folle de spectacles,

De neuf, d'éclatant, de clinquant;

CIIAASOXS IXEDITES.

Il faut varier les miracles

Pour vous séduire en vous choquant.

Il faut à votre nourriture

Les plus vigoureux condiments ,

Comme à voire littérature

Le sel, le poivre et les piments.

Votre oreille ost souvent ouverte Aux propos scabreux et grivois; Vous comprenez la langue verte, Et vous la parlez quelquefois.

Vous, l'élégante, la parée, Vous commettez votre grandeur Avec une foule... égarée...

Je prends ce terme par pudeur.

Vous aviez une grande histoire.

De beaux, de superbes moments :

Qu'avez-vous fait de cette gloire Écrite dans vos monuments?

Une autre eut vos façons haufaines Dans ses faveurs ou ses mépris ; Les anciens l'appelaient Athènes; Ils ne connaissaient point Paris.

En ce temps le chant des sirènes Poussait les esquifs aux brisants;

106 GUSTAVE \ADAUD.

C'est le destin des souveraines De perdre tous leurs courtisans.

Vous serez toujours cette amante A la peau blanche, aux yeux noyés, Qui vous fascine, vous tourmente, Et vous tient captif à ses pieds.

Mon crépuscule , mon aurore , Mon enfer et mon paradis , En te maudissant, je t'adore, En t'adorant, je te maudis.

Serment perdu ! vaine parole Qu'on prononce, sais-tu pourquoi C'est que pas un ne se console De ne pas être aimé de toi.

CHAXSOXS INEDITES.

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