UN MARI COMME TA\T D'AUTRES
Ma femme était presque une enfant; Je l'ai formée à mon école.
Entre mes mains la réchauffant.
J'ai pétri cette cire molle. Je suis son arbitre , sa loi , Son régulateur, son pro^^rammc ; Elle n'existe que par moi :
Je m'occupe tant de ma femme !
Ma femme n'a plus un désir, Une parole, une pensée; Elle n'a jamais à choisir :
Toute chose est par moi fixée.
Elle a compris sa nullité , Et jamais elle ne réclame La moindre part d'autorité :
Je m'occupe tant de ma femme!
Quelle qu'en soit l'occasion, Elle n'a pas un mot à dire; Jamais , sans ma permission , Elle ne songerait à rire.
158 GUSTAVE NADAUD
Dans l'ordre physique ou moral, Il n'est pas un point, pas un gramme Qui ne m'appartienne intégral :
Je m'occupe tant de ma femme!
Je gouverne son cœur, son corps, Ses toilettes et sa cuisine :
C'est une poupée à ressorts, Une ingénieuse machine.
J'ai su si bien la performer Que je doute qu'elle ait une âme.
Jugez comme elle doit m' aimer!
Je m'occupe tant de ma femme!
Celui qui s'exprimait ainsi Est un mari comme tant d'autres.
Il oubliait qu'en ce temps-ci On n'écoute plus les apôtres.
Ne sais ce qui doit arriver; Mais je rirais bien , si la dame Venait un jour à lui prouver Qu'il s'occupait trop de sa femme!
CHANSONS INEDITES.