MON CLAQUEUR
Il est là, trônant dans sa stalle,
Comme l'empereur du Milieu;
Il gouverne toute la salle ;
C'est un oracle, c'est un dieu.
Il m'apprécie, il m'idolâtre.
Il sait par cœur tout mon théâtre.
Viens, mon claqueur, mon cher claqueur,
Que je te presse sur mon cœur!
Ce n'est pas un homme vulgaire, Que ce général inconnu Qui tous les soirs se met en guerre Contre un public mal prévenu.
Comme il comprend, comme il admire!
Comme il sait bien pleurer ou rire!
Viens, mon claqueur, mon cher claqueur, Que je te presse sur mon cœur !
Il dirige la grande armée, La phalange des vieux Romains , Qui , par son exemple enflammée , Trépigne des pieds et des mains.
CHANSONS INEDITES.
Il crie, il s'indigne, il s'emporte!
« Bravo! bravo! Chut! A la porte! »
Viens, mon claqiieiir, mon cher claqueur, Que je te presse sur mon cœur !
On dit qu'il protège de même
Tous les drames; soit, j'en conviens.
Il se peut d'ailleurs qu'il les aime;
Moi je ne connais qu^ les miens ;
Mais à voir le feu qui l'anime.
Il doit sentir ce qu'il exprime.
Viens, mon claqueur, mon cher claqueur,
Que je te presse sur mon cœur!
Il me dit parfois à l'oreille :
K Otez ceci, mettez cela;
C'est pour vous que je vous conseille;
Car pour moi, je suis toujours là.
Applaudissant d'ardeur égale;
C'est mon devoir, c'est ma morale, n
Viens, mon claqueur, moi^ cher claqueur,
Que je te presse sur mon coeur!
Il faudrait que toute la France, S'illuminant à ce flambeau.
Empruntât son intelligence Et son amour sacre du beau :
Je serais sûr que mes ouvrages Réuniraient tous les suffrages.
GUSTAVE XADAUD.
Viens, moa claqueur, mon cher claqueur, Que je te presse sur mon cœur!
Oh ! quand luira cette journée
Où nous mettrons dans l'alambic
Cette force indisciplinée
Qui croit être le vrai public,
Ensemble alors nous pourrons boire
La quintessence de la gloire.
Viens, mon claqueur, mon cher claqueur.
Que je te presse sur mon cœur!
CHAXSOXS IXEDITES.
SAXS NOM.
Vous allez croire que j'invente Un conte invraisemblable? Xon , Cette personne fut vivante, Et je pourrais dire son nom.
u Écoute, a-t-elle dit, je t'aime; J'ai ton cœur, ton âme, ta foi, Et je suis sûre de toi-même Comme je suis sûre de moi.
Xous avons atteint une cime Que nous ne dépasserons pas.
J'aime mieux sombrer dans l'abîme Que le descendre pas à pas.
Plus tard serait venu le doute...
Qui sait? la trahison, l'oubli; Je ne veux pas perdre une goutte De ce vase si bien rempli.
Au lieu de supporter l'insulte Du mépris ou de l'abandon,
GUSTAVE NADAUD
Dès ce soir je serai ton culte , Ton espérance et ton pardon.
Comprends-tu ceci : que nul autre Ne pourra toucher à ton bien, N'aura cet amour qui fut nôtre Et ce corps qui restera tien?
Il faut que ton œil s'habitue A ne plus me voir ici-bas, J'ai pris le remède qui tue; Ami, je meurs, ne pleure pas. »
Vous pouvez croire que j'invente Un conte invraisemblable? Non, Mon héroïne fut vivante, Et je no puis dire son nom.
CHAXSONS INEDITES.