‹ ChansonsChapitre 15 sur 105 · LE VRAI NOËL · texte numérisé non relu

LE VRAI NOËL

A Edouard KUinmann.

Le pauvre espère Voilà bientôt dix-neuf cents ans, Mais rien n'est changé, mes enfants :

La terre

N'est que misère; Et si vous ne montrez les dents, Vous attendrez encor longtemps !

D'après les rengaines du monde^ Des hommes noirs et des savants Qui parlent de mille et mille ans Tout comme nous d'une seconde.

Le petit Noël est venu Par une nuit de fin d'année, Avec l'hiver et sa traînée, Gomme vous et moi, pauvre et nu.

Le pauvre espère Voilà bientôt dix-neuf cents ans, etc..

C'est, disent-ils, dans une étable.

Presque sous les pieds d'un ânon, Sans langes dorés ni grand nom.

Tout à fait comme un pauvre diable.

Mais il avait, disent les vieux, Beaucoup d'esprit, bonne figure.

C'était, ma foi, de bon augure Pour la bande des malheureux.

Le pauvre espère Voilà bientôt dix-neuf cents ans, etc.

Pour faire croire à la débâcle, On dit qu'il fit de beaux discours, Qu'il guérit des fous et des sourds Et des aveugles par miracle...

Mais que ne vient-il de nouveau, Ses miracles seraient utiles :

N'avons-nous pas des imbéciles Et des aveugles au boisseau!

Le pauvre espère Voilà bientôt dix-neuf cents ans, etc.

On donne comme histoires vraies Que d'une eau fade il fit du vin.

Que d'un mot il faisait du pain Et guérissait les vieilles plaiôs...

Je crois qu'il ne ferait pas mal De commencer son tour de France, Car nous avons maigre pitance Et l'on meurt ferme à l'hôpital. ,

Le pauvre espère Voilà bientôt dix-neuf cents ans, etc..

Bref, il venait faire une ronde Par ordre écrit de l'éternel, Et ne devait revoir le ciel Qu'après avoir sauvé le monde...

Je dis, malgré tous les Ave, Que le Noël de nos oracles A fermé sa boîte à miracles Sans que le monde soit sauvé.

Le pauvre espère Voilà bientôt dix-neuf cents ans, etc..

Eh bien ! si vous voulez en croire Un gueux qui connaît son métier, Je dis qu'un bon coup de collier Vaut mieux que cette vieille histoire.

Je dis qu'on n'est pas sous le ciel Pour passer sa vie en carêmes, Et qu'il faut nous sauver nous-mêmes.

Voilà, mes gars, le vrai Noël î

Le pauvre espère Voilà bientôt dix-neuf cents ans, Mais rien n'est changé, mes enfants :

La terre

N'est que misère; Et si vous ne montrez les dents, Vous attendrez encor longtemps.

Londres, 18T4.

Éditeur : M. Bassereau, 240, rue Saint-Martin, Paris.

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