‹ ChansonsChapitre 17 sur 105 · DANSONS LA BONAPARTE · texte numérisé non relu

DANSONS LA BONAPARTE

Au citoyeit E. Vivier.

Les gens d'esprit de notre époque Qui lisent loin dans l'avenir, Disent que l'empire est en loque Et qu'on va bientôt en finir.

C'est une douce prophétie !

Faut-il en croire les savants?

Car la France a la maladie De tournoyer à tous les vents.

Dansons la Bonaparte !

Ça n'est pas nous qui régalons.

Dansons la Bonaparte!

Nous mettrons sur la carte Les violons!

On dit l'empire à bout de forces.

Que la poule a couvé son œuf, Que le règne de tous les Corses Doit finir en soixante-neuf...

Ah ! puissions-nous revoir en France Les jours heureux que vous rêvez!

Au signal de la délivrance Nous ferons sauter les pavés !

Dansons la Bonaparte! etc..

Après tout, ça pourrait bien être.

Le vieux Paris est tout grognon.

On est las de ce méchant maître Qui nous mène à coups de canon.

Franchement c'était bien la peine De brûler tant de lampions, Et de traîner la chair humaine Parmi trois révolutions !

Dansons la Bonaparte! etc..

Le pain est cher, l'argent est rare, Haussmann fait hausser les loyers.

Le gouvernement est avare, Seuls, les mouchards sont bien payés.

Fatigués de ce long carême Qui pèse sur les pauvres gens, Il se pourrait bien tout de même Que nous prenions le mors aux dents.

Dansons la Bonaparte! etc..

Oui, mais la danse sera chaude.

On criblera plus d'un drapeau ; Car les parvenus de la fraude Ne donnent pas ainsi leur peau.

Oui, mais la danse sera bonne, Car dans les temps, si l'on cherchait.

On verrait bien qu'une couronne N'est pour le peuple qu'un hochet!

Dansons la Bonaparte! etc..

Oui, mais la France qu'on délabre Se réveille au bruit des tambours !

Etouffons le règne du sabre Sous les pavés de nos faubourgs !

Plus de corses ni de farouches Qui veulent nous martyriser :

Invitons nos bonnes cartouches, Le quadrille va commencer !

- Dansons la Bonaparte !

Ça n'est pas nous qui régalons.

Dansons la Bonaparte ' Nous mettrons sur la carte Les violons !

Paris-Montmartre, 1867 .

Cette chanson n'a pas été éditée.

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