FOURNAISE
A Sarrus.
Dès l'aurore il quitte son lit, Comme l'oiseau, c'est sa coutume, Et tous les jours jusqu'à la nuit, Il frappe dur sur son enclume ; Il a les bras comme du fer, Il a du feu dans son haleine ; Mais ce soir tout chante dans l'air, Fournaise a touché sa quinzaine.
Ah!
Gare à toi, Madeleine, Tiens bien ton bonnet Et le souper prêt ; Ton homme, Madeleine, Ton homme a touché sa quinzaine.
Quand on est bien franc du collier, Malheur! il fait chaud quand on forge!
Fournaise est un rude ouvrier Et ça le brûle dans la gorge.
Au cabaret des Bons enfants Le vin fait oublier la peine :
Il invite tous les passants, Quand il a touché sa quinzaine.
Ah;!
Gare à toi, Madeleine, etc..
On y chante bien des chansons, Avec vingt sous on fait ripaille ; Quand on ferme et que les garçons Éteignent tout pour qu'on s'en aille Gomme on a bien bu, bien chanté.
Quoique solide comme un chêne, Il va bien un peu de côté Quand il a touché sa quinzaine.
Ah!
Gare à toi, Madeleine, etc..
Quand il n*a bu que de bon vin, Gomme sa tête est plus légère.
Il retrouve bien son chemin, Pour embrasser sa ménagère.
Ça coûte cher de l'embrasser!
De marmots, la maison est pleine :
Il les forge sans y penser Quand il a touché sa quinzaine.
Ah!
Gare à toi, Madeleine, etc..
Mais que le vin ne soit pas bon, Ou qu'on ait causé politique, Ou, par malheur, que le garçon Ait fermé trop tôt la boutique :
Jurant après les maux d'autrui Et contre l'injustice humaine.
Il ne faut pas rire avec lui Quand il a touché sa quinzaine.
Ahl Gare à toi, Madeleine, etc..
Quand on a pioché quinze jours, On peut bien flâner le seizième.
Madeleine, aimez-le toujours, Aimez-le bien, car il vous aime.
Dam! c'est qu'un rude travailleur Ça n'est pas une mince aubaine :
Il a payé de sa sueur Quand il a touché sa quinzaine.
Ahl Gare à toi, Madeleine!
Tiens bien ton bonnet Et le souper prêt ; Ton homme, Madeleine, Ton homme a touché sa quinzaine.
Paris-Montmartre, 1865.
Musique de Darcier. — Éditeur : M. Vieillot, rue Notre-Dame-de- Nazareth, Paris.
VIEILLE CHANSON
A l'ami Dévé.
Vous avez beau faire, Riche ou malheureux Sous six pieds de terre Ne valent pas mieux.
Gare au vilain riche Qui de son vivant Cache son argent Et s'en montre chiche.
Car il est avéré,
Quand la mort s'en empare, Q'un méchant avare N'est jamais pleuré.
Ma grand'mère Hélène,
Morte l'an passé.
Dans son bas de laine
Ne m'a rien laissé.
Des gens du village,
Aidé bien souvent.
J'ai de son vivant
Mangé l'héritage.
Le cœur tout déchiré Je l'ai portée en terre.
Et depuis, grand'mère,
Combien j'ai pleuré !
Mon oncle Grégoire,
Un méchant Crésus,
Dans sa vieille armoire
Cachait ses écus.
A bouche affamée
Implorant secours,
Il laissait toujours
Sa porte fermée.
Du trésor désiré On a fait le partage,
Malgré l'héritage
Je n'ai pas pleuré.
Laissons la fortune
Rire aux intrigants,
Et garder rancune
Aux cœurs bienfaisants.
Quand du grand voyage
On saute le pas,
Garon n'aime pas
Qu'on ait un bagage.
Car il est avéré.
Qu'il est bien préférable
D'être un pauvre diable
Et d'être pleuré.
Saint-Ouen, 1866.
Editeur : M. Labbé, 20, rue du Croissant, Paris.