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MUSE, CHANTONS LES OISEAUX ET LES FLEURS

Air : Si le bon dieu faisait parler les fleurs.

A. M. L. Vieillot.

Muse, quittons notre ville natale, L'air qu'on respire y devient trop malsain ; Ou, désormais, sans crier au scandale, Faisons des vers qui rapportent du pain. Mais gardons-nous d'une pensée amère, Car je 'suis pauvre et je crains les censeurs. Pour être en grâce auprès du ministère, Muse, chantons les oiseaux et les (leurs.

Le ciel est sombre, on pressent la tempête; Les vents du nord menacent nos moissons. Ne laissons pas notre lyre muette, Le peuple est triste, il lui faut des chansons. Au nom du peuple, ah ! déployons nos ailes 1 Nos gais refrains ont tari tant de pleurs ! Pour le doter des chansons immortelles, Muse, chantons les oiseaux et les fleurs.

Reprends ton vol, mais gardons-nous de dire Gomment en France on devient un héros ;

Laissons hurler la Pologne martyre, Souffrons la faim et soldons les impôts. Et s'il est vrai que nous payons la danse, Nosvieux soldatsn'ensontpasmoins vainqueurs. Pour célébrer les gloires de la France, Muse, chantons les oiseaux et les fleurs.

J'ai, dans le fiel où s'abreuve ma plume. De la censure encouru les leçons ; Et ma Lison qui voit mon amertume Veut elle-même y porter mes chansons.

Non, non, restez ! cela ne peut me plaire, Vos grands yeuxnoirsséduiraientmes censeurs. Moi, je vous aime et je bois dans mon verre : Muse, chantons les oiseaux et les fleurs.

Je veux cacher mon nid sous le feuillage Et le suspendre aux rameaux de l'espoir; Là, les oiseaux n'ont qu'un môme langage; L'air est plus sain et le pain n'est pas noir. J'y chanterai ta main blanche et coquette, Ta lèvre rose et tes fraîches couleurs.... La liberté, c'est le pain du poète; Muse, chantons les oiseaux et les fleurs.

Août 1863, Paris.

Voulant savoir pourquoi plusieurs de mes chansons étaient revenues de la censure avec un non en rouge qui équivalait presque pour elles à une condamnation à mort, je me rendis un jour au ministère.

J'y fus reçu par un chef de bureau qui, après avoir écouté mes protestations avec une parfaite indifférence, me répondit que je

— sine devais m'en prendre qu'à moi. » Pourquoi traitez-vous, ajouta-t-il, des sujets qui, etc., etc.. Il vous serait si facile cependant de faire de jolies choses en chantant les fleurs, les oiseaux, et que sais-je? Vous nous rendrez bien cette justice que vous n'avez nullement à vous plaindre de la censure lorsque vous restez dans le cadre que je vous indique. »

« — Eh bien, lui dis-je, je vais suivre votre conseil, je serai peutêtre plus heureux. »

A quelques jours de là, j'envoyais à la censure deux copies admirablement écrites de : Muse, chantons les oiseaux et les fleurs, et j'allais une huitaine après me renseigner sur son sort.

Mais il paraît que ce n'était pas ainsi que mon Monsieur entendait qu'on chantât les oiseaux et les fleurs, car ma chanson me fut rendue avec un non en rouge bien plus grand encore que tous les autres.

Cette chanson n'a pas été éditée.

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