NOTRE BON SEIGNEUR
Au citoyen Adrien Mayer.
Notre bon seigneur, Pour nous faire honneur, Habite au village Et n'est avec nous ni fier ni sauvage. Merci, mon seigneur, C'est bien de l'honneur!
Notre bon seigneur N'a qu'un serviteur Pour sa suffisance ; Il le paye, à l'an, d'une révérence.
Merci, mon seigneur, C'est bien de l'honneur!
Notre bon seigneur, En franc maraudeur.
Glane dans les granges Et remplit sa cave au temps des vendanges. Merci, mon seigneur, C'est bien de l'honneur !
Notre bon seigneur Fait la bouche en cœur
A nos grosses filles, Et prend le menton de nos plus gentilles. Merci, mon seigneur, C'est bien de l'honneur !
Notre bon seigneur Aime à la rigueur La franche commère; De son parrainage on flatte le père.
Merci, mon seigneur, C'est bien de l'honneur!
Notre bon seigneur, En joyeux buveur, Ne craint pas la gale :
Il boit avec nous pourvu qu'on régale.
Merci, mon seigneur.
C'est bien de l'honneur !
Notre bon seigneur Mange bien sans peur A môme une étable, Quand un bon chapon fume sur la table. Merci, mon seigneur, C'est bien de l'honneur !
Notre bon seigneur En bon emprunteur, Le jour de sa fête, Nous rend en baisers l'argent qu'on lui prête. Merci, mon seigneur, C'est bien de l'honneur!
Notre bon seigneur, Qu'un vin bienfaiteur Porte à la tendresse, Crie en trébuchant : A bas la noblesse ! Merci, mon seigneur, C'est bien de l'honneur !
Notre bon seigneur, Qui voit avec peur La sombre demeure, En l'y conduisant permettra qu'on pleure. Merci, mon seigneur, C'est bien de l'honneur !
Bry-sur-Marne, 1865
Editeur : M. Labbé, 20, rue du Ci-oissant, Paris.