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LE DIABLE

Au citoyen Chantpy.

Ah! pauvre diable, mon ami,

Que de bruits on fait sur ton compte!

Plus on est fou, plus on en conte.

Ah ! pauvre diable, mon ami,

Va, ton règne n'est pas fini.

Par un beau soir, au long des houx, Que chacun avait sa chacune, J"ai vu le diable au bois des fous Qui faisait l'amour à la lune.

Il avait des cornes de bœufs. Un œil tout vert et l'autre rouge, Des crins en guise de cheveux Qui carillonnent quand il bouge.

Ah ! pauvre diable, mon ami, etc.

C'est un conte à dormir debout, Le diable n'est pas un fantôme ;

Le méchant rôde un peu partout Et Tenfer n'est pas son royaume.

Rapide et froid comme le vent, Cruel et dur comme la guerre, Je l'ai rencontré bien souvent :

Le vrai diable, c'est la misère !

Ah ! pauvre diable, mon ami, etc.

Chacun le voit à sa façon :

Les amoureux dans les charmilles,

Le malade dans sa boisson,

Le malheureux sous ses guenilles.

Mais en laissant tomber un pleur

Pour me soulager la poitrine :

Va donc, va donc, me dit mon cœur,

Le vrai diable, c'est Catherine !

Ah! pauvre diable, mon ami, etc.

Le vrai diable, c'est les écus.

C'est une belle qui se ride, C'est les espoirs qu'on a perdus, C'est un regard dans un sac vide, C'est le froid, la soif et la faim.

C'est la discorde où l'on demeure. C'est la moitié du genre humain Et l'autre qui n'est pas meilleure.

Ah ! pauvre diable, mon ami, etc.

Le diable, c'est l'ambition, La jalousie et la vengeance ; C'est un pays sans union, C'est un amour sans espérance ; C'est naître, souffrir et mourir...

Vous jasez bien. 0 fantaisie!

Mais dites-nous pour en finir, Que le vrai diable, c'est la vie !

Ah! pauvre diable, mon ami, Que de bruits on fait sur ton compte ! Plus on est fou, plus on en conte...

Ah ! pauvre diable, mon ami, Non, ton règne n'est pas fini.

Londres, 1873.

Musique de Paul Henrion. —Éditeur : M. Labbé, 20, rue du Croissant, Paris.

niNYASION

A M. Paul Goutiire.

En moins d'un siècle d'existence Nous avons eu deux empereurs, Et trois fois notre pauvre France Fut livrée aux envahisseurs.

Nous en garderons la mémoire, 0 race des Napoléon!

Qu'on surnommera dans l'histoire : Les Bonaparte-invasion !

Silence aux faiseurs de conquêtes, Aux bourreaux de la liberté !

Leurs victoires sont des défaites

Pour l'humanité...

Place à la liberté!

Trois fois l'incendie et les guerres Ont ensanglanté nos hameaux ; Trois fois les hordes étrangères Chez nous ont planté leurs drapeaux;

Trois fois les vieillards et les femmes Ont dû s'enfuir à travers champs, Laissant leurs chaumières en flammes Pour aller cacher leurs enfants.

Silence aux faiseurs de conquêtes, Aux bourreaux de la liberté!

Leurs victoires sont des défaites

Pour l'humanité...

Place à la liberté!

Ceux qui, jadis, courbaient la tête Devant nos soldats sans souliers, Fiers aujourd'hui de leur conquête Dictent des lois dans nos foyers!

Et. la France républicaine Qui les vainquit tous en un jour, Pleure l'Alsace et la Lorraine Et porte le deuil de Strasbourg.

Silence aux faiseurs de conquêtes, Aux bourreaux de la liberté!

Leurs victoires sont des défaites

Pour l'humanité...

Place à la liberté !

C'est en vous parlant de patrie, C'est en divisant l'univers, Qu'on nous mène à la boucherie Et qu'on nous jette dans les fers.

Courons tous autant que nous sommes A la conquête de nos droits, Et d'esclaves devenons hommes En nous liguant contre les rois !

Silence aux faiseurs de conquêtes, Aux bourreaux de la liberté !

Leurs victoires sont des défaites

Pour l'humanité...

Place à la liberté !

Londres, 1874.

Musique de Marcel Legay. — Editeur : M. Bassercau, 240, rue Saint-Martin, Paris.

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