‹ ChansonsChapitre 54 sur 105 · LÉGENDE · texte numérisé non relu

LÉGENDE

A 7nadatnc Claire de Rèville.

Pour fôter ma mio en ce mois d'amour,

J'ai couru Je bois au lever du jour;

D'un grand cerisier j'ai pris une branche,

Une branche en fleur, J'ai fait un bouquet d'aubépine blanche

Où j'ai mis mon cœur...

...Ayant mis mon cœur, l'ai bais6 cent fois, Et toujours courant j'ai quitté le bois. Comme un bienheureux que l'amour emporte

Je n'ai fait qu'un bond, Et m'en suis venu le pendre à sa porte,

Mon bouquet mignon.

Quand le mois de mai fleurit les chemins,

Ma pâle ma mie a de noirs chagrins.

On dit qu'un grand mai ronge sa poitrine,

Et la fait mourir.

Si ma branche en fleur et mon aubépine

La pouvaient guérir!

Le bouquet pendu, près de la maison, Je me suis caché derrière un buisson, Pour voir au réveil ma pauvre ma mie

Prendre son bouquet, Et mettre en dansant la branche fleurie

A son corselet.

Tout dans la nature était bien heureux, Les arbres chantaient des airs amoureux. Les petits oiseaux jouaient dans la mousse

Et se becquetaient.

La brise était tiède et l'herbe si douce

Que mes yeux pleuraient...

J'attendis longtemps, et, de la maison.

Je vis s'en sauver la mère Toinon :

Elle sanglotait que ça me fit peine

Et vins la trouver, Afm de savoir quand ma mie Hélène

Allait se lever...

— Jeannet, me dit-elle, en pleurant beaucoup, Elle ne doit plus se lever du tout :

Reprends ton bouquet et vite lui porte

En bien l'embrassant.

Hélène, mon fieu, notre Hélène est morte

A minuit sonnant.

...Souffrant à mourir, hurlant comme un fou. J'ai couru la voir et l'ai prise au cou.

Mais le corps glacé de ma pauvre ma mie M'a fait tant de peur,

Que j'en garderai pour toute la vie Un froid dans le cœur.

Ile Marantc, 1864.

MuNiquc de Darcicr. — Éditeur : M. Lcbailly, 2, rue Cardinale, Paris.

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