‹ ChansonsChapitre 69 sur 105 · LIBERTÉ - ÉGALITÉ - FRATERNITÉ · texte numérisé non relu

LIBERTÉ - ÉGALITÉ - FRATERNITÉ

A Blatiqtii.

Liberté, Égalité, Fraternité.

Lorsque nous sapons par ses bases Votre édifice mal d'aplomb, Vous nous répondez par du plomb Ou vous nous alignez des phrases.

En attendant, cher est le pain, Longs la misère et le chômage...

Hier, en cherchant de l'ouvrage, Hier, un homme est mort de faim !

Liberté, Égalité, Fraternité.

Vous pouvez couvrir les murailles De ces mots vides et pompeux :

Ils ne sont pour les malheureux Que synonymes de mitrailles.

Nous connaissons le prix du pain Et vos doctrines libérales...

Hier, sur le carreau des halles, Une femme est morte de faim !

Liberté, Égalité, Fraternité.

Pour qui s'en va lestomac vide, Ayant chez lui femme et marmots.

On peut traduire ces trois mots :

Chômage, Misère, Suicide.

Les mots ne donnent pas de pain, Car nous voyons dans la grand' ville De vieux travailleurs sans asile Et des enfants mourir de faim.

Liberté, Égalité, Fraternité.

Ces mots sont gravés dans la pierre Sur les frontons des hôpitaux, De la Morgue et des arsenaux Et sur les murs du cimetière.

Avec le temps, il est certain Que la bourgeoisie en délire Finira bien par les inscrire Sur le ventre des morts de faim.

Liberté, Égalité, Fraternité.

Hommes libres nous voulons être, Mais il nous faut l'Égalité.

Nous voulons la Fraternité, Mais il ne faut ni Dieu ni Maître.

Moins de phrases et plus de pain, Et, surtout, moins de politique.

Car nous disons qu'en République On ne doit pas mourir de faim.

Liberté,

Égalité, Fraternité.

Paris-Montmartre, 1884.

J'ai dédié cette chanson h Blanqui, la plus grande victime peut-être de ces trois mots, pour losquels il a lutté toute sa vie avec un stoïcisme qui ne scst jamais démenti.

Je lestimais vivant, je le salue dans la tombe !

LA FLEURÀISON

A la citoyenne Varenne.

Ce doux frisson, Ce rustique murmure, C'est le printemps qui prédit la moisson. C'est la chanson Que chante la nature.

Ce doux frisson, C'est l'œuvre immense en pleine fleuraison !

L'herbe frémit près de la fleur qui pousse, Humide encore des brouillards du matin ; Le mois d'amour a velouté la mousse Où sont blottis les oiseaux du chemin ; Le flot inonde et caresse la berge Où le mûrier près du saule est planté: C'est la nature en sa robe de vierge Portant les fleurs de sa fécondité.

Ce doux frisson, Ce rustique murmure, etc.

La terre s'ouvre et le blé qu'elle enfante Sort frémissant aux yeux des laboureurs ;

L'arbre se tord, la sève est palpitante, Et les sainfoins sont émaillés de fleurs; Le cep noueux se cramponne à la terre, Car de ses fruits il pressent le fardeau ; Tout se remue et le marbre et la pierre, Tout chante et pousse avec le renouveau.

Ce doux frisson, Ce rustique murmure, etc.

Les bois sont verts, venez, garçons et filles, Chanter en chœur la ronde des beaux jours. Le gai soleil a fleuri les charmilles : Le temps des fleurs, c'est le temps des amours ! . . Qu'on se prépare et qu'on cercle à la ronde Des muids ventrus et des tonneaux géants, Et que nos vins fassent le tour du monde : La vieille vigne a partout des enfants.

Ce doux frisson, Ce rustique murmure.

C'est le printemps qui prédit la moisson. C'est la chanson Que chante la nature.

Ce doux frisson.

C'est l'œuvre immense en pleine fleuraison !

Ermont, 1865.

Musique do J. Quidant. — Éditeur : M. Gérard. 2, rue Scribe, Paris,

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