‹ ChansonsChapitre 81 sur 105 · MUSE, REPRENDS TON VOL · texte numérisé non relu

MUSE, REPRENDS TON VOL

A A. Royer.

Gomme un gai rossignol, Muse, reprends ton vol!

La loi devient plus charitable Et nous promet des jours meilleurs.

Va, quoi qu'en disent les railleurs, Le gouvernement est bon diable.

0 fille du printemps,

Achetons des rubans!

Tu vas pouvoir, chère maîtresse.

Te parer de tes beaux atours, Puisque l'on donne libre cours A la liberté de la presse.

A'Iuse des malheureux.

Plus de chants langoureux!

Que ta lyre, longtemps muette, Réveille le peuple qui dort !...

Mais, chut! ne parlons pas trop fort.

Je vois un mouchard qui nous guette.

0 filles des Gaulois, Chantons à pleine voix

Que la liberté court le monde Et que l'avenir est à nous!...

Chut! on pousse les verroux, C'est le geôlier qui fait sa ronde.

Muse sans feu ni lieu,

Rêvant sous le ciel bleu, Soulevons le masque du prêtre Et dévoilons sa fausseté...

Mais, chut ! voici l'autorité Et la voiture de Bicêtre.

0 muse de l'honneur,

Fille de la pudeur.

Faisons respecter la morale Par les margots et leurs vauriens !...

Mais, chut! en voici les gardiens Qui vont se soûler à la Halle.

Muse de l'équité

Et de la liberté, Disons que la misère est grande Et que le siècle tourne à mal...

Mais, chut ! les gens du tribunal Pourraient bien nous mettre à l'amende!

0 muse des faubourgs, Au bruit de cent tambours Viens planter sur les barricades Le drapeau des républicains...

Mais, chut! voici les assassins Qui commandent les fusillades.

Gomme un gai rossignol, Muse, reprends ton vol ! Quand à la saison printanière.

L'oiseau redira ses chansons, A pleine voix nous chanterons Sans prendre garde au commissaire.

0 fille du printemps,

Achetons des rubans, Achetons les noirs pour la France, Encore en deuil de ses revers.

Mais conservons les rubans verts Que nous a laissés l'espérance.

Paris-Montmartre, 1868.

Éditeur : M. Bassereau, 240, rue Saint-Martin, Paris.

Le gouvernement impérial eut, à cette époque, des velléités de libéralisme incompatible avec son origine. On retapa les lois draconiennes sur le droit de réunion et sur la liberté de la presse, et bien dos naïfs s'y laissèrent prendre.

La promulgation de ces fameuses lois ouvrit, h nouveau, l'ère des persécutions, des arrestations et des condamnations pour les orateurs des réunions publiques et pour les écrivains.

Ce libéralisme nous valut, à Vermorel et à moi, sept ou huit condamnations pour délits de presse, se chiffrant par des amendes énormes et deux ou trois ans de prison.

Le 4 septembre nous ouvrit les portes de Pélagie.

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