‹ ChansonsChapitre 87 sur 105 · POÉSIE ET LABOUR · texte numérisé non relu

POÉSIE ET LABOUR

Sans cess' le maîtr' pousse au labour, Quand tout sur terr' pousse à l'amour...

Au citoyen P. Geofroy.

Holà ! mes bœufs, arrctons-nous.

J'ai r cœur en feu, je n" puis plus m' taire.

Ruminez, je vais m' mettre à g'noux

Pour s'mer des larmes dans la terre.

C'est p't-ôtr' les larmes qui vienn'nt du cœur

Qui font pousser Taubépin' blanche.

Et qu' le matin le saul' pleureur

En suspend mille à chaque branche...

Ah ! si mes larm's poussent un jour,

Qu'ça soit pour Jeanne un' (leur d'amour !

— Aign' donc, Jean, aign' donc, hue !

A que pens's-tu, grand paresseux?

Tes bœufs Vont minger 1' bois de m'na charrue...

— Hou la, hou! mes bœufs, L' maître a dit : hue !

Fait's crier la charrue.

Hou la, hou! mes bœufs.

Hue !

Holà ! mes bœufs et mes pensers :

Les bonii's larm's, c'est la source aux perles.

Les fleurs, c'est la s'menc' des baisers...

Les chalumeaux, c'est 1' cri des merles...

L'épi qui pouss', c'est le berceau...

L'épi doré, c'est la jeunesse...

L'épi ventru port' son fardeau...

L'épi courbé, c'est la vieillesse...

Buissons sans nid, terr' sans soleil.

C'est moi sans Jeanne à mon réveil.

— Aign' donc, Jean, aign' donc, hue!

A que pens's-tu, grand paresseux? etc.

Holà! mes bœufs... Enfant des champs A qui l'on n'apprit point à lire, J' dois étouffer tout c' que je r'ssens, J'dois pleurer tout c'que j'voudrais dire. C'est en plein' terr' qu' nous écrivons. Nos chansons, c'est un nid dans l'herbe ; Et nos livr's c'est, dans les moissons, L' volum' d'épis qui fait un' gerbe.

J'ai plus d'amour qu'ell' n'a d'épis, Jeann' qui sait lir' n' l'a pas compris.

— Aign' donc, Jean, aign' donc, huel A que pens's-tu, grand paresseux? etc.

Holà! mes bœufs... L' printemps fleurit Dans la poitrin' comm' dans la mousse ; Chaque toufl" d'herb' nous cache un nid, L' soleil caress' la fleur qui pousse.

— no —

Mon gros bœuf noir s' déchir" le flanc, L'air qu'on respir' vous donn' le rêve, L'arbr' s' couronn' de rose et de blanc, De fleurs qui naiss'nt quand vient la sève... Mais rien ne pousse où j'ai pleuré.

J'aime trop Jeanne et j'en mourrai 5

— Aign" donc Jean, aign' donc, hue!

A que pens's-tu, grand paresseux? etc.

Holà! mes bœufs... Entendre et voir :

L'oiseau s' blottit sous son plumage...

La louve hurle aux chants du soir...

Le sapin s' perd dans un nuage...

Le flot qui roui' berce les houx, Le saule y baign' sa longu' chev'lure... Pareils aux saul's, mes longs ch'veux roux Pouss'nt comm' les plant's de la nature. Sans cess' le maîtr' pousse au labour.

Quand tout sur terr' pousse à l'amour.

— Aign' donc, Jean, aign' donc, hue!

A que pens's-tu, grand paresseux ?

Tes bœufs Vont minger 1' bois de m'na charrue.

— Hou la, hou 1 mes bœufs.

L' maîtr' a dit : hue !

Fait's crier la charrue...

Hou la, hou ! mes bœufs, Hue!

Musique de Darcicr. — Éditoui- : .M. Labbc, 20. rue du Croissant.

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