LES ILLUSIONS
Air de Teniers.
J';ii toujours plaint cet homme atrabilaire
Qui, murmurant le soir et le matin,
Dans les accès d'une injuste colère,
De ses ennuis accuse le destin.
Lorsque ce sage, à qui tout porte envie,
Va répétant que son cœur est usé,
Moi, sur les biens qu'on goûte en cette vie,
Je ne suis pas encor désabusé. (bis.)
A l'amitié j'abandonnai mon ame;
Las! par malheur, les ingrats que j'aimais,
Ne sentant rien de sa divine flamme ,
À mes transports n'ont répondu jamais.
Loin que contre eux, dans ma douleur amère,
En vains discours je me sois épuisé,
Sur l'amitié, sur sa douce chimère,
Je ne suis pas encor désabusé.
Aux jours heureux marqués pour la tendresse De la beauté j'ai dû porter les fers ; Mais, délaissé par plus d'une maîtresse, Je me souviens des maux que j'ai soufferts! L'aimable objet dont j'aimais à dépendre Par un regard se trouvait excusé ; Malgré les pleurs que l'amour fait répandre, Je ne suis pas encor désabusé.
Avec orgueil j'ai chanté cette gloire
Qui nous coûta tant de pleurs, de regrets!
Pourquoi faut-il , grand Dieu ! que la victoire
A ses lauriers mêle de noirs cyprès ?
Au souvenir d'un temps que rien n'efface,
Bien que souvent mon cœur se soit brisé,
Qu'un clairon sonne, ou bien qu'un drapeau passe ,
Je ne suis pas encor désabusé.
Pauvre et joyeux, au printemps de mon âge , Je vis le monde avec un prisme heureux ; Quand l'été vint je l'aimai davantage, Mon cœur s'ouvrait aux pensers généreux. L'automne arrive, et l'on me voit sourire; Mon rêve, enfin, s'est donc réalisé...
Vienne l'hiver, et vous m'entendrez dire : Je ne suis pas encor désabusé.
DE BRAZIE!!.