TABLEAU D'UNE NOCE
Air : Ça fait toujours plaisir.
S'il faut payer ses dettes, Pourquoi tant de façons ? Nous avons des fillettes , Mariez-vous , garçons.
Pour une fille sage , A qui l'on veut s'unir, Avant le mariage Gémir, languir, maigrir; Ça fait (bis.) toujours plaisir.
Un mois avant la noce, Pour avoir ses papiers , Traverser sans carrosse Les plus vilains quartiers ; Chez tous les gens de plume Vingt fois aller, venir, Attraper un gros rhume
A force de courir,
Ça fait toujours plaisir.
On arrive à l'église; Sacristains et bedeaux , Là, chacun vous courtise, Vous tombe sur le dos; Se tromper sur la dîme, Donner sans réfléchir Vingt francs pour un décime Au moment de sortir, Ça fait toujours plaisir.
Chacun après la messe Se place à table... mais Là, quoiqu'on se connaisse, Désire -t-on un mets?
A crier l'on s'essouffle, Et, prêt de l'obtenir, Votre voisin vous souffle Le plat qu'on croit saisir ; Ça fait toujours plaisir.
Vient le dessert, on chante; Mais il faut, sans délais Une chanson touchante
Pour avoir du succès.
Les couplets les plus bêtes Sont sûrs de réussir, Car des parents honnêtes Vont bientôt s'attendrir.
Ça fait toujours plaisir.
Bientôt le bal commence.
On va danser, walser; Personne , tant qu'on danse , Ne doit se reposer.
Alors les plus ingambes , A l'instant de finir , A peine sur leurs jambes Peuvent se soutenir ; Ça l'ait toujours plaisir.
Il n'est plus temps de rire , J'entends sonner minuit; La maman va conduire , La mariée au lit.
Les jeunes demoiselles , En la voyant partir , Disent tout bas entre elles :
Il faut aller... dormir; b Ça fait toujours plaisir.
DE BKAZIKli.
i;iMPÉNITENCE ÉPICURIENNE.
Air : Depuis long-temps j'aimais Adèle.
Froids apôtres de la sagesse, C'est en vain que tous nous prêche?., Plus vous blâmez notre faiblesse , Plus nous commettons de péchés.
Quand chaque jour la raison vous inspire De beaux sermons, pour corriger les fous, Nous ne songeons qu'à chanter et qu'à rire... C'est un malheur! eh bien !... priez pour nous !
Fiers d'observer la continence
Dans le fond de votre manoir ,
Vous ne vivez que d'abstinence
Et l'eau vous montre tout en noir.
Dans nos banquets, quand le vin nous arrose, Nous n'avons pas tant de vertus que vous... Mais, grâce à lui, nous voyons tout en rose... C'est un malheur! eli bien! priez pour nous!
Quand, de Vénus sujets rebelles , Vous nous prônez le célibat, Pour échapper aux fers des belles Vous vous livrez plus d'un combat.
Nous qui, bien loin de leur garder rancune.
Sommes heureux de vivre à leurs genoux...
Nous en aimons souvent plutôt deux qu'une;
C'est un malheur! eh bien ! priez pour nous !
Quand vous lisez plus d'un ouvrage Bien moral et bien ennuyeux, On vous voit, en tournant la page, Bâiller comme des bienheureux.
Pour nous, hélas! dont la perte est certaine, Nous savourons les plaisirs les plus doux En relisant Voltaire et La Fontaine...
C'est un malheur! eh bien ! priez pour nous !
Quand vous passez sur cette terre , Vous ne voyez dans l'avenir Qu'un Dieu qui lance le tonnerre , Qu'un Dieu toujours prêt à punir ; Nous, vers le ciel où. notre ame s'envole , Nous ne voyons qu'un Dieu clément pour tou* Et de nos maux cet espoir nous console ; C'est un malheur! eh bien! priez pour nous'
DE BRAZIF.R. 129