HISTORIETTE
A m : Vlà c'que c'est qu' d'aller au bois.
De l'amour j'ai senti les feux,
Vlà c' que c'est qu' d'avoir des yeu\;
Dans un bosquet silencieux , Je trouvai Colette , Dormant sur l'her bette,
Aussitôt j'en fus amoureux...
Vlà c' que c'est qu' d'avoir des yeux.
Pour moi quel aspect dangereux , Vlà c'que c'est qu' d'avoir des yeux; Son joli sein était au mieux, Un mouchoir le couvre, Mais le vent l'en I r'ouvre;
J'y lance un regard curieux...
Vlà c' que c'est qu' d'avoir des yeux.
Colette ouvre ses grands yeux bleus, Vlà c' que c'est qu' d'avoir des yeux; Puis, d'un petit air langoureux,
Sans y prendre garde ,
Elle me regarde , Et... nous nous plaisons tous les deux... Vlà c' que c'est qu' d'avoir des yeux.
Je ne fus pas long-temps heureux , Vlà c' que c'est qu' d'avoir des yeux ; Les galants et les envieux
Offrent à Colette
Bijoux et toilette ; Colette rit à chacun d'eux...
Vlà c' que c'est qu' d'avoir des yeux.
Alors je deviens soupçonneux, Vlà c' que c'est qu' d'avoir des yeux ; Un soir, sous un myrte amoureux,
Je trouve ma belle,
Loin d'être rebelle, Je vois... quel spectacle, grands Dieux! Vlà c' que c'est qu' d'avoir des yeux.
Jugez combien je fus honteux !
Vlà c* que c'est qu' d'avoir des yeux ;
Y voir trop clair est malheureux...
Sur de ma défaite,
Je quittai Colette, Et je pleure mon sort affreux ; Vlà c' que c'est qu' d'avoir des yeux.