LE JOUR ET LA NUIT
Air : Vaudeville d’ Arlequin Mnsard.
ou : Au soin que je prends de ma gloire.
Joyeux disciples d’Épicure ,
Entre la table êt les amours,
Suivant le vœu de la nature , Dépensons nos nuits et nos jours.
Vers l’amitié tendre et fidèle,* Courons sitôt que le jour luit ,
Et, dans les bras de notre belle.
Comptons les heures de la nuit. . ^
Combien un beau jour a de charmes!
Qu’une belle nuit a d’attraits!
Le jour l’Amour est sous les armes, La nuit il obtient des succès.
Tendons nos filets dès l’aurore,
Et péchons dès que le jour fuit :
Le jour on se dit qu’on s’adore; Mais on se le prouve la nuit.
Tirésias en homme , en femme , Employa bien la nuit, le jour:
Il sut comment chacun s’enflamme, Et mieux que nous connut l’amour.
• Or, mes bons amis, voici comme Un tel exemple m’a séduit:
Le jour je voudrais rester homme , Et devenir femme la nuit.
Dans la plus délirante ivresse Quand j’ai fait de la nuit le jour, Chacun m’accuse de paresse.
Et chacun a tort, à son tour.
INe faut ; il pas faire une pause ,
Soit à la table , soit au lit ?
Moi, quand le jour je me repose,
Je me suis fatigué la nuit.
O toi , qui de ma destinée A ton gré diriges le cours,
Qui d’une trame fortunée As tissu mes nuits et mes jours ,
Si tu veux abréger ma vie,
Pour m’épargner quelques ennuis , Prends sur mes jours, je t’en supplie, Mais ne touche pas à mes nuits.