L'EAU M’EN VIENT A LA BOUCHE
Air : Mon père était pot.
C e matin cherchant un sujet Qui pût faire sourire,
Je m’arrête chez Corcelet * :
Soudain Cornus m’inspire;
Ses trésors épars Frappent mes regards,
Et leur aspect me touche;
Plus gai, plus content.
Je sors en chantant :
L’eau m’en vient à la bouche. »
Pour m’inspirer de gais refrains , Voulant meubler ma cave,
* Magasin de comestibles à l’enseigne du Gourmand » au Palais-Royal.
Je vais sur le port, caç je crains Le jus de betterave;
Là, tout comme ailleurs, Tous vins sont menteurs ;
Je choisis le moins louche,
Au moins je le crois;
Mais quand je le bois L’eau m’en vient à la bouche.
Succombant aux traits de l’amour, Quelquefois un vieux drille, Toussant, haletant, fait sa cour, Et dit à jeune fille :
Ce rhume n’est lien :
Mon asthme va bien;
Si lorsque je me couche
Je crache souvent, •
C’est qu’en vous voyant.
L’eau m’en vient à la bouche.
« Des amans voyant les plaisirs Avec indifférence,
A quinze ans j’étais sans désirs, Disait la jeune Hortense.
Lycas un beau jour Me parla d’amour :
Je fus d’abord farouche;
Pour m’apprivoiser •
Il prit un baiser;
L’eau m’en vient à la bouche. »
A plein verre jadis Panard Puisait dans l’Hippocrène ; *
Mais des sots jaloux dé son art, Ont comblé la fontaine :
Tâchons que par mois ,
Au moins une fois ,
La source se débouche ,
Pour que, sans souci.
Chacun dise ici :
L’eau m’en vient à la bouche.