MAI 183I
Finissez-en, nos frères de Belgique, Faites un roi, morbleu ! finissez-en.
Depuis huit mois, vos airs de république Donnent la fièvre à tout bon courtisan. D'un roi toujours la matière se trouve : C'est Jean, c'est Paul, c'est mon voisin, c'est moi Tout œuf royal éclôt sans qu'on le couve. Faites un roi, morbleu ! faites un roi ; Faites un roi, faites un roi.
Quels biens sur vous un prince va répandre ! D'abord viendra l'étiquette aux grands airs ; Puis des cordons et des croix à revendre ; Puis ducs, marquis, comtes, barons et pairs ; Puis un beau trône, en or, en soie, en nacre. Dont le coussin prête à plus d'un émoi. Sil plaît au ciel, vous aurez même un sacre. Faites un roi, morbleu ! faites un roi ; Faites un roi, faites un roi.
Puis vous aurez baisemains et parades.
Discours et vers, feux d'artifice et fleurs ;
CHJNSONS DE BERJNGER 91
Puis force gens qui se disent malades Dès qu'un bobo cause au roi des douleurs. Bonnet de pauvre et royal diadème Ont leur vermine : un dieu fit cette loi. Les courtisans rongent l'orgueil suprême. Faites un roi, morbleu ! faites un roi. Faites un roi, faites un roi.
Chez vous pleuvront laquais de toute sorte ; Juges, préfets, gendarmes, espions ; Nombreux soldats pour leur prêter main-forte ; Joie à brûler un cent de lampions !
Vient le budget ! nourrir Athène et Sparte Eût en vingt ans moins coûté, sur ma foi. L'ogre a dîné ; peuples, payez la carte. Faites un roi, morbleu ! faites un roi ; Faites un roi, faites un roi.
Mais quoi ! je raille ; on le sait bien en France J'y suis du trône un des chauds artisans. D'ailleurs, l'histoire a répondu d'avance : Nous n'y voyons que princes bienfaisants. Pères du peuple, ils le font pâmer d'.aise ; Plus il s'instruit, moins ils en ont d'effroi ; Au bon Henri succède Louis treize.
Faites un roi, morbleu ! faites un roi. Faites un roi, fûtes un roi.
xxxn'