‹ Chansons; morceaux choisis. Préf. de comte Serge FleuryChapitre 50 sur 70 · L'ÉPÉE DE DAMOCLÈS · texte numérisé non relu

L'ÉPÉE DE DAMOCLÈS

De Damoclès l'épée est bien connue ;

En songe, à table, il m'a semblé la voir.

Sous cette épée et menaçante et nue

Denys l'Ancien me forçait à m'asseoir. (Bis.)

Je m'écriais : Que mon destin s'achève,

La coupe en main, au doux bruit des concerts î (Bis.)

O vieux Denys ! je me ris de ton glaive,^

Je bois, je chante, et je siffle tes vers. (Bis.)

Servez, disais-je à messieurs de la bouche ; Versez, versez, messieurs du gobelet.

Malheur d'autrui n'est point ce qui te touche, Denys ; sur moi fais donc vite un couplet. Ton Apollon à nos larmes fait trêve :

Il nous égayé au sein d'affreux revers. O vieux Denys ! je me ris de ton glaive, Je bois, je chante, et je siffle tes vers.

Puisqu'à rimer sans remords tu t'amuses.

De la patrie écoute un peu la voix :

1 Cette chanson appartient au règne de Louis XVIII., qui, de même que Denys, avait la manie d'écrire et a fait beaucoup de petits vers.

CHJNSONS DE BERJNGER 127

Elle est, crois-moi, la première des muses ; Mais rarement elle inspire les rois.

Du frêle arbuste où bout sa noble sève, La moindre fleur parfume au loin les airs O vieux Denys ! je me ris de ton glaive. Je bois, je chante, et je siffle tes vers.

Tu crois du Pinde avoir conquis la gloire. Quand ses lauriers, de ta foudre encor chauds, Vont à prix d'or te cacher à l'histoire. Ou balayer la fange des cachots.

Mais à ton nom, Clio, qui se soulève.

Sur ton cercueil viendra peser nos fers, O vieux Denys ! je me ris de ton glaive. Je bois, je chante, et je siffle tes vers.

Que du mépris la haine au moins me sauve ! Dit ce bon roi, qui rompt un fil léger. Le fer pesant tombe sur mon front chauve ; J'entends ces mots : Denys sait se venger. Me voilà mort, et, poursuivant mon rêve, La coup en main je répète aux enfers : O vieux Denys ! je me ris de ton glaive, Je bois, je chante, et je siffle tes vers.

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