L'ÉPÉE DE DAMOCLÈS
De Damoclès l'épée est bien connue ;
En songe, à table, il m'a semblé la voir.
Sous cette épée et menaçante et nue
Denys l'Ancien me forçait à m'asseoir. (Bis.)
Je m'écriais : Que mon destin s'achève,
La coupe en main, au doux bruit des concerts î (Bis.)
O vieux Denys ! je me ris de ton glaive,^
Je bois, je chante, et je siffle tes vers. (Bis.)
Servez, disais-je à messieurs de la bouche ; Versez, versez, messieurs du gobelet.
Malheur d'autrui n'est point ce qui te touche, Denys ; sur moi fais donc vite un couplet. Ton Apollon à nos larmes fait trêve :
Il nous égayé au sein d'affreux revers. O vieux Denys ! je me ris de ton glaive, Je bois, je chante, et je siffle tes vers.
Puisqu'à rimer sans remords tu t'amuses.
De la patrie écoute un peu la voix :
1 Cette chanson appartient au règne de Louis XVIII., qui, de même que Denys, avait la manie d'écrire et a fait beaucoup de petits vers.
CHJNSONS DE BERJNGER 127
Elle est, crois-moi, la première des muses ; Mais rarement elle inspire les rois.
Du frêle arbuste où bout sa noble sève, La moindre fleur parfume au loin les airs O vieux Denys ! je me ris de ton glaive. Je bois, je chante, et je siffle tes vers.
Tu crois du Pinde avoir conquis la gloire. Quand ses lauriers, de ta foudre encor chauds, Vont à prix d'or te cacher à l'histoire. Ou balayer la fange des cachots.
Mais à ton nom, Clio, qui se soulève.
Sur ton cercueil viendra peser nos fers, O vieux Denys ! je me ris de ton glaive. Je bois, je chante, et je siffle tes vers.
Que du mépris la haine au moins me sauve ! Dit ce bon roi, qui rompt un fil léger. Le fer pesant tombe sur mon front chauve ; J'entends ces mots : Denys sait se venger. Me voilà mort, et, poursuivant mon rêve, La coup en main je répète aux enfers : O vieux Denys ! je me ris de ton glaive, Je bois, je chante, et je siffle tes vers.