‹ Chansons; morceaux choisis. Préf. de comte Serge FleuryChapitre 54 sur 70 · LE VIEUX CAPORAL · texte numérisé non relu

LE VIEUX CAPORAL

En avant ! partez, camarades, L'arme au bras, le fusil chargé.

J'ai ma pipe et vos embrassades ; Venez me donner mon congé.

J'eus tort de vieillir au service ; Mais pour vous tous, jeunes soldats.

J'étais un père à l'exercice. (Bis.)

Conscrits, au pas ;

Ne pleurez pas.

Ne pleurez pas ;

Marchez au pas, Au pas, au pas, au pas, au pas !

Un morveux d'officier m'outrage ; Je lui fends ! . . . Il vient d'en guérir, On me condamne, c'est l'usage :

Le vieux caporal doit mourir.

Poussé d'humeur et de rogomme, Rien n'a pu retenir mon bras.

Puis, moi, j'ai servi le grand homme.

Conscrits, au pas ;

Ne pleurez pas,

CHJNSONS DE BÈRJNGER 141

Ne pleurez pas ; Marchez au pas, Au pas, au pas, au pas, au pas !

Conscrits, vous ne troquerez guères Bras ou jambe contre une croix.

J'ai gagné la mienne à ces guerres Oîi nous bousculions tous les rois.

Chacun de vous payait à boire Quand je racontais nos combats.

Ce que c'est pourtant que la gloire !

Conscrits, au pas ;

Ne pleurez pas,

Ne pleurez pas ;

Marchez au pas, Au pas, au pas, au pas, au pas !

Robert, enfant de mon village. Retourne garder tes moutons.

Tiens, de ces jardins vois l'ombrage Avril fleurit mieux nos cantons.

Dans nos bois, souvent dès l'aurore J'ai déniché de frais appas . . .

Bon Dieu ! ma mère existe encore !

Conscrits, au pas ;

Ne pleurez pas.

Ne pleurez pas ;

Marchez au pas.

Au pas, au pas, au pas, au pas !

142 CHJNSONS DE BÈRANGER

Qui là-bas sanglote et regarde ?

Eh ! c'est la veuve du tambour.

En Russie, à l'arrière-garde, J'ai porté son fils nuit et jour.

Comme le père, enfant et femme Sans moi restaient sous les frimas.

Elle va prier pour mon âme.

Conscrits, au pas ;

Ne pleurez pas,

Ne pleurez pas ;

Marchez au pas.

Au pas, au pas, au pas, au pas !

Morbleu ! ma pipe s'est éteinte.

Non, pas encore . . . Allons, tant mieux

Nous allons entrer dans l'enceinte ;

Çà, ne me bandez pas les yeux.

Mes amis, fâché de la peine ;

Surtout ne tirez point trop bas ;

Et qu'au pays Dieu vous ramène !

Conscrits, au pas ;

Ne pleurez pas,

Ne pleurez pas ;

Marchez au pas, Au pas, au pas, au pas, au pas !

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