‹ Chansons; morceaux choisis. Préf. de comte Serge FleuryChapitre 64 sur 70 · NOTRE COQ · texte numérisé non relu

NOTRE COQ

PAR JACQUES DUBUISSON SERGENT AUX CHASSEURS d'aFRIQUE

Air : Madelon s'en fut a Rome, tonderontaine

Notre coq, d'humeur active, Las d'Alger, s'écrie : Il faut Que jusqu'au bon Dieu j'arrive, Pour voir s'il s'endort là-haut.

J'ai réponse à tout qui-vive.

Co, co, coquerico !

France, remets ton shako.

Coquerico, coquerico !

Oui, jusqu'au ciel je m'envole, Sans permis des généraux.

Heureux si mon chant racole Des âmes de vieux héros !

De leur gloire je raffole.

Co, co, coquerico !

France, remets ton shako.

Coquerico, coquerico !

i66 CHJNSONS CHOISIES

Que ces étoiles sont belles !

Et les cieux, comme ils sont grands !

Ces planètes seraient-elles

Un bon mets de conquérants ?

Qu'à nos gens poussent des ailes !

Co, co, coquerico !

France, remets ton shako.

Coquerico, coquerico !

Dans Vénus j'entre à la brune ; Mars m'attire à ses tambours.

Chez Mercure, la Fortune Gave butors ^ et vautours. Que d'avocats dans la lune !

Co, co, coquerico !

France, remets ton shako.

Coquerico, coquerico !

Du soleil je fends la voûte ; Dieu ! l'Empereur m'apparaît !

" Tu veux un guide, sans doute ?

Tiens, dit-il, mon aigle est prêt :

Du ciel il connaît la route."

Co, co, coquerico !

France, remets ton shako.

Coquerico, coquerico !

Nous partons, et dans nos traites, L'aigle se plait à conter Batailles, sièges, retraites ; Si bien que, pour l'écouter, 1 Butors, oiseaux de proie.

DE BERJNGER 167

S'arrêtent plusieurs comètes.

Co, co, coquerico !

France, remets ton shako.

Coquerico, coquerico.

Vient un parfum qui nous flatte ; " Au Paradis nous voilà," Dit l'aigle ; " à la porte gratte :

Mon père, quittons-nous là.

Adieu, serrons-nous la patte."

Co, co, coquerico !

France, remets ton shako.

Coquerico, coquerico !

Qui fume à cette fenêtre ?

C'est saint Pierre. Il me dit : " Coq,

Aucun des tiens ne pénètre

Chez nous que pour pendre au croc.

Vos chants m'ont trop fait connaître."

Co, co, coquerico !

France, remets ton shako.

Coquerico, coquerico !

Passe un ange qui raconte

Le refus du vieux commis.

" Cours, dit le bon Dieu ; qu'il monte.

Ce coq est de mes amis."

J'entre, et Pierre en meurt de honte.

Co, co, coquerico !

France, remets ton shako.

Coquerico, coquerico !

i68 CHJNSONS CHOISIES

" Mange et bols dans mon aiguière,' Dit le bon Dieu, fort à point.

" Çà ! parmi vos gens de guerre.

De moi ne médit-on point ?

— De vous ils ne parlent guère."

Co, co, coquerico !

France, remets ton shako.

Coquerico, coquerico !

Mais quoi ! le bon Dieu se fâche !

" Coq, ne désertes-tu pas ? — Corbleu ! suis-je donc un lâche !

— Non : mais retourne là-bas ; Tu n'as point fini ta tâche."

Co, co, coquerico !

France, remets ton shako.

Coquerico, coquerico !

Sous le drapeau tricolore Va réchauffer cœurs et bras :

De vous j'ai besoin encore.

Coq, bientôt tu chanteras Le réveil avant l'aurore."

Co, co, coquerico !

France, remets ton shako.

Coquerico, coquerico !

L'oiseau, prompt comme la foudre, Rentre au quartier général.

Disant : " L'on en va découdre ; Dieu fait seller cheval ;

DE BÉRJNGER 169

Les anges font de la poudre."

Ce, CD, coquerico !

France, remets ton shako.

Coquerico, coquerico !

De ce récit véridique.

C'est moi, Jacques Dubuisson, Sergent aux chasseurs d'Afrique, Qui composai la chanson :

Apprenez-en la musique.

Co, co, coquerico !

France, remets ton shako.

Coquerico, coquerico !

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