NOTRE COQ
PAR JACQUES DUBUISSON SERGENT AUX CHASSEURS d'aFRIQUE
Air : Madelon s'en fut a Rome, tonderontaine
Notre coq, d'humeur active, Las d'Alger, s'écrie : Il faut Que jusqu'au bon Dieu j'arrive, Pour voir s'il s'endort là-haut.
J'ai réponse à tout qui-vive.
Co, co, coquerico !
France, remets ton shako.
Coquerico, coquerico !
Oui, jusqu'au ciel je m'envole, Sans permis des généraux.
Heureux si mon chant racole Des âmes de vieux héros !
De leur gloire je raffole.
Co, co, coquerico !
France, remets ton shako.
Coquerico, coquerico !
i66 CHJNSONS CHOISIES
Que ces étoiles sont belles !
Et les cieux, comme ils sont grands !
Ces planètes seraient-elles
Un bon mets de conquérants ?
Qu'à nos gens poussent des ailes !
Co, co, coquerico !
France, remets ton shako.
Coquerico, coquerico !
Dans Vénus j'entre à la brune ; Mars m'attire à ses tambours.
Chez Mercure, la Fortune Gave butors ^ et vautours. Que d'avocats dans la lune !
Co, co, coquerico !
France, remets ton shako.
Coquerico, coquerico !
Du soleil je fends la voûte ; Dieu ! l'Empereur m'apparaît !
" Tu veux un guide, sans doute ?
Tiens, dit-il, mon aigle est prêt :
Du ciel il connaît la route."
Co, co, coquerico !
France, remets ton shako.
Coquerico, coquerico !
Nous partons, et dans nos traites, L'aigle se plait à conter Batailles, sièges, retraites ; Si bien que, pour l'écouter, 1 Butors, oiseaux de proie.
DE BERJNGER 167
S'arrêtent plusieurs comètes.
Co, co, coquerico !
France, remets ton shako.
Coquerico, coquerico.
Vient un parfum qui nous flatte ; " Au Paradis nous voilà," Dit l'aigle ; " à la porte gratte :
Mon père, quittons-nous là.
Adieu, serrons-nous la patte."
Co, co, coquerico !
France, remets ton shako.
Coquerico, coquerico !
Qui fume à cette fenêtre ?
C'est saint Pierre. Il me dit : " Coq,
Aucun des tiens ne pénètre
Chez nous que pour pendre au croc.
Vos chants m'ont trop fait connaître."
Co, co, coquerico !
France, remets ton shako.
Coquerico, coquerico !
Passe un ange qui raconte
Le refus du vieux commis.
" Cours, dit le bon Dieu ; qu'il monte.
Ce coq est de mes amis."
J'entre, et Pierre en meurt de honte.
Co, co, coquerico !
France, remets ton shako.
Coquerico, coquerico !
i68 CHJNSONS CHOISIES
" Mange et bols dans mon aiguière,' Dit le bon Dieu, fort à point.
" Çà ! parmi vos gens de guerre.
De moi ne médit-on point ?
— De vous ils ne parlent guère."
Co, co, coquerico !
France, remets ton shako.
Coquerico, coquerico !
Mais quoi ! le bon Dieu se fâche !
" Coq, ne désertes-tu pas ? — Corbleu ! suis-je donc un lâche !
— Non : mais retourne là-bas ; Tu n'as point fini ta tâche."
Co, co, coquerico !
France, remets ton shako.
Coquerico, coquerico !
Sous le drapeau tricolore Va réchauffer cœurs et bras :
De vous j'ai besoin encore.
Coq, bientôt tu chanteras Le réveil avant l'aurore."
Co, co, coquerico !
France, remets ton shako.
Coquerico, coquerico !
L'oiseau, prompt comme la foudre, Rentre au quartier général.
Disant : " L'on en va découdre ; Dieu fait seller cheval ;
DE BÉRJNGER 169
Les anges font de la poudre."
Ce, CD, coquerico !
France, remets ton shako.
Coquerico, coquerico !
De ce récit véridique.
C'est moi, Jacques Dubuisson, Sergent aux chasseurs d'Afrique, Qui composai la chanson :
Apprenez-en la musique.
Co, co, coquerico !
France, remets ton shako.
Coquerico, coquerico !