LE SOLDAT DE MARSALA
Nous étions au nombre de mille , Venus d'Italie et d'ailleurs :
Garibaldi dans la Sicile Xous conduisait en tirailleurs.
J'étais un jour seul dans la plaine , Quand je trouve en face de moi Un soldat de vingt ans à peine , Qui portait les couleurs du roi.
Je vois son fusil se rabattre ; C'était son droit; j'arme le mien; 11 fait quatre pas, j'en fais quatre : Il vise mal, je vise bien...
Ah ! que maudite soit la guerre , Qui fait faire de ces coups-là !
Qu'on verse dans mon verre
Le vin de Marsala!
GUSTAVE XADAUD.
Il fit (lemi-tonr sur lui-même.
Pourquoi diable m a-t-il rate?
Pauvre «[arçon! il était blême.
Vers lui je me précipitai.
Ah! je ne chantais pas victoire; Mais je lui demandai pardon.
Il avait soif, je le fis boire :
D'un trait il vida mon bidon.
Puis je l'appuyai contre im arbre, Kt j'essuyai son front {{lace.
Son front sentait déjà le marbre!
S'il pouvait n'être que blesse!...
Ah! que maudite soit la guerre, Qui fait faire de ces coups-là !
Qu'on verse dans mon verre
Le vin de Marsala!
Je voulus panser sa blessure ; J ouvris son uniforme blanc.
La balle, sans éclaboussure, .'Vvait passé du cœur au flanc.
Entre le drap et la chemise , Je vis le portrait en couleur D'une femme vieille et bien mise, Qui souriait avec douceur.
Depuis, j'ai vécu, Dieu sait comme Mais tant que cela doit durer.
Je verrai mourir le jeune homme Et la bonne dame pleurer !
CHAXSOXS \OUVELLES.
Ah ! que maudite soit la guerre , Qui fait faire de ces coups-là!
Qu'on emporte mon verre !
C'était à Marsala!...
Cl STAVE \AD.\I I).