‹ Chansons nouvellesChapitre 13 sur 58 · JALOUSIE · texte numérisé non relu

JALOUSIE

Jaloux! Et pourquoi le serais-je?

Son front est pur et lumineux

Comme un Corrége. Mon soupçon est un sacrilège :

Je suis heureux !

Heureux! Lorsque j'étais près d'elle, De mes désirs l'entretenant,

Je me rappelle Sa froideur, qui m'était mortelle.

Et maintenant...

Maintenant qu'atteignant au faite, J'ai vaincu ses sens engourdis,

Je m'inquiète De sa trop rapide défaite,

Et je me dis...

Je me dis que ce bien insigne Ne devait pas être pour moi.

Etais-j.i digne De profaner ce cou de cygne?

Alors pourquoi. ..

40 GUSTAVE \ADAi:D

Pourquoi smiffril-dle 1 injure Que je lui fis quand je l'aimais?

Et qui m'assure Qu'elle est fidèle, étant parjure?

Ah ! si jamais...

Si jamais un autre... ô mon âme!

Ce n'est pas lui que je tuerais.

Mais elle est femme :

Mon mépris sauverait l'infâme ,

Et je saurais...

Je saurais la fuir et me taire; Mon front n'aurait pas un souci ,

Et, solitaire , J'irais enfouir mon mystère...

Ciel! la voici !

La voici : le soupçon farouche A son aspect tombe amorti.

Quoi! cette bouche , Cette voi.x qui charme et qui touche?.

\on , j'ai menti !

J'ai menti. Visions malsaines.

Disparaissez !

Envolez-vous, chimères vaines...

Ah! mon sanjj me brûle les veines!

Je suis jaloux!...

CHAXSOXS \0LIELLES 41

LE BOX OXCLE.

11 avait fui le trouble de nos villes

Pour s'endormir dans le calme des champs.

Il se disait que les hommes serviles

Xe valent pas les oiseaux et leurs chants.

Le rossignol , le pinson , la fauvette

Pouvaient nicher dans les arbres feuillus;

Chacun feignait d'ignorer leur cachette.

Oiseaux, chantez! (bis) le bon oncle n'est plus.

Il cultivait dans un jardin immense

Toutes les fleurs qui naissent en plein air.

Il ramassait lui-même la semence

Pour la sauver des rigueurs de l'hiver.

Pas un muguet, pas un brin de glycine

X'clait perdu : ses ordres absolus

Etaient qu'on meure où l'on a pris racine.

Fleurs, ouvrez-vous! (bis) le bon oncle n'est plus.

Partout des fruits de toutes les essences Couvraient les murs ou bordaient les chemins : L'abricotier qui mûrit aux vacances.

Le fraisier fait pour les petites mains;

Ou le pninior qui, si peu qu'on le touche, De sa moisson inonde les talus.

La vijjne offrait ses grappes à la bouche. Fruits, mûrissez! (bis) le bon oncle n'est pins.

Enfants joyeu.x, dans ce jardin peul-i'-lre. Quand la nuit tombe et qu'on a peur des loups. Au coin du bois vous verrez apparaître L'homme indnl,fi[ent que vous chérissiez tous. Il vous dira : u Dans ma haute demeure, Je n'attends pas de regrets superflus.

La mort e.st douce et ne vaut pas qu'on pleure. i Enfants, jouez! (bis) le bon oncle n'est plus.

CHAXSOXS XOUVELLES.

Page 1