LES NOUVEAUX BOULEVARDS
A Paris , de toutes parts ,
On perce des boulevards.
Derrière la Madeleine ,
Ce n'est pas sans quelque peine
Qu'on retrouve son chemin ,
En trouvant deux sons la main. ,
Je conviens qu'ils sont superbes;
Mais, boulevards, dites-moi
Pourquoi je confonds (pourquoi?)
Haussmann avec Malesherbes?
Maleslierbes , je le sais, Fut un excellent Français.
Jamais ne se vit un homme Plus rangé, plus économe.
Si le roi trop dépensait, Malesherbes lui lançait Des remontrances acerbes.
Or, boulevards, dites-moi Pourquoi je confonds (pourquoi?) Haussmann avec Malesherbes?
Malesherbes, m'a-t-on dit.
Ce même roi défendit,
64 GUSTAVE \ADAUD,
Quand il fii( dans rinfortiine.
Mais fut trouver iinporliinc Sa vertu (pas Irop n'en faut) ; Ce fut là son seul défant.
Vous qni croyez aux jTroverbes, Conseillers, expliqnez-nidi Pourquoi je confonds (pourquoi?) Haussniann avec Malcsherbes?
Maleslierbes ignorait Qu'argent produit intérêt.
Qu'à Paris comme en Autriche, Plus on doit plus on est riche ; Et que nos fils sont heureux Que l'on sème ainsi pour eux.
Vous qui récoltez nos gerbes, Percepteurs, expliquez-moi Pourquoi je confonds (pourquoi?) Haussmann avec Malesherbcs?
Maleshcrbes , prétend-on ,
Fut plus sage que Caton.
Il n'était point idolâtre
Des femmes ni du théâtre.
En bon père , en bon chrétien ,
Finit ce grand citoyen.
Vous qui dormez sous les herbes,
Expropriés , dites-moi
Pourquoi je confonds (pourquoi?)
Haussmann avec Malcsherbes?
CHAXSOXS XOrVELLES. 65
LE COEUR VOLAXT.
A l'auberge du Cœur-Volant , Les amoureux et les touristes Vont passer un mois en artistes , Monde aventureux et galant.
Par un soir joyeux de septembre, Un voyageur pâle et souffrant Heurte au seuil et dit en entrant :
— Peut-on me donner une cbanibre?
Arrive à pas lents l'hôtelier; Accourt sa femme la première.
— C'est vous, Monsieur, dit l'hôtelière, C'est vous qui vîntes l'an dernier?
Votre chambre était au deuxième...
Oh! j'ai bonne mémoire, allez!
Elle est libre, et si vous voulez?...
— Mais non , je ne veux pas la même
— C'est bien . vous ferez votre choix.
Mais cette dame ou demoiselle ,
Si bonne, si simple, si belle.
Qui vint avec vous l'autre fois,
66 GUSTAVE \ADALD.
\e l'avcz-vous pas anionce?
Alors je devine eeei :
Vous prcfcrcr lattenflre ici?
— Mais non, je snis seul celte année.
— C'est donimajife, nous l'aimions tous. Les pauvres disaient : Viendra-t-elle,
La dame délicate et frêle? Car sonvent nons parlons de vous.
Tous les soirs, a la promenade, Vous alliez, soutenant ses pas.
Elle est malade, n'est-ce pas?
— Mais non, elle n'est pas malade.
— Ah! mon bon Monsieur, qu'ai-je fait?
C'est moi qui vous déchire l'âme.
Soyez indul;[ent, je suis femme; J'ai parlé plus qu'il ne fallait.
Et pourtant ma frayeur l'emporte...
Elle est... Vous ne répondrez rien.
Elle est morte, je le vois bien.
— Mais non! non, elle n'est pas morte.
— Que vois-je? des pleurs dans vos yeu.\? Et c'est moi qui les fais répandre!
On n'a pas besoin de comprendre Pour plaindre les gens malheureiix.
— Oui, bonne femme, je suis triste.
Et j'ai besoin de voyafjer ;
Mais chez vous je ne puis loger.
Adieu, l'auberge et l'aubergiste!
CHAXSOXS AOLVELLES. 67