LE PEINTRE DES ROIS
A la cour d'un roi d'Allemagne, Je voyais souvent autrefois Un artiste de la Romagne , Albertini , peintre des rois.
D'un bout à l'autre de l'année, Il fabriquait, de parti pris, La même lête couronnée, Même qualité , même prix.
Revenu d'ailleurs assez mince.
Et sujet aux revirements...
Cela s'expédie en province, Alix bons bourgmestres allemands.
Peindre vingt fois la même tête , Ce n'est pas fort divertissant; Mais la main est faite et refaite Quand on arrive au chiffre cent.
Un jour, élant dans le royaume, J'allai voir cet Alberlini
94 GUSTAVE XADAUD.
Il travaillait un roi Guillaume Qui n'était pas cncor fini.
Il avait peint les accessoires, Paysage, fond rie portrait.
L'habit, la couronne et les «gloires, Mais du visaye pas un Irait.
L'incident me parut bizarre ; Albertini, sans s'émouvoir, Me dit : « Celui que je prépare Ne peut-il pas mourir ce soir?
C'est une mission céleste Que Dieu lui confie ici-bas :
Le roi meurt, la royauté reste, L'honmie a changé , l'habit non pas.
Le roi mort , fùt-il Charlemagne , Son portrait n'a plus de valeur.
Tous les bourgmestres d'Allemagne \oudront avoir son successeur.
La besogne est faiti- d'avance; Kn quatre ou cinq coups de pinceau Je complète la ressemblance , Et je présente mon tal)leau.
Quand Dieu reprend Guillaume père , Guillaume fils nous est rendu ; Le royaume est toujours prospère , Et mon portrait n'est pas perdu. )'
CHAXSOXS NOUVELLES.