‹ Chansons nouvellesChapitre 41 sur 58 · LE TRAIN DES MARIS · texte numérisé non relu

LE TRAIN DES MARIS

A la gare Saint-Lazare ,

Tous les sampflis d'été,

Un torrnil précipite

De chaqne wagon s'empare.

Ce sont les époux triions;

Ils vont retrouver leurs femmes

0"i se plongent dans les lames

Des bains normands ou bretons.

Paris à Troiiville , Trouville à Paris.

L'autre soir j'ai pris, Comme un imbécile , L'autre soir j'ai pris Le train des maris.

Tons ces avocats barbares , Ces financiers belliqueux.

Vont emportant avec eux Des cartes et des cigares.

CHAXSOXS NOUVELLES. U:

On n'arrête point l'essor De leur phalange intrépide :

Cent Jasons dans la Colchide Cueilleront cent toisons d'or.

Paris à Trouville, etc.

Je trouvais dans mon enfance Que tout le monde était vieux.

Est-ce une erreur de mes yeux?

Est-ce un effet de distance?

Maintenant je ne vois pins Que des jeunes gens superbes, Des stagiaires imberbes Et des maris chevelus.

Paris à Trouville, etc.

Adieu les soucis d'affaires, Les embarras du carnet , Les ennuis du cabinet!

Ils voguent vers d'autres sphères.

Ils ont pris un bon moyen Contre les déconvenues :

Leurs femmes sont prévenues , Ils ne craignent rien, rien, rien.

Paris à Trouville, etc.

Des écoliers en vacances Ne sont pas plus insoumis :

148 Gl'STAVE XADAl'D.

Ils font devant les commis Mille et mille exlravii<jances.

Le train va comme le vent; C'est Zéphire qui le. mène.

Ayant jeûné la semaine , Ils ont faim en arrivant.

Paris à Trouville, etc.

Quel beau jour que le dimanche!

On s'éveille en un chalet.

Dans sa tasse , au lieu de lait , On verse la crème Manche.

.\ l'ombre d'un tamaris On se couche sur le sable, El le soir, méconnaissable , Ménélas devient Paris.

Paris à Trouville, etc.

Après deux fois vingt-quatre heures.

Comme à Capouc autrefois.

Doivent les Carthaginois Quitter ces douces demeures.

Les chats laissent les souris ; Ils s'en vont la tête basse :

Convoi de première classe !

C'est le retour des maris.

Paris à Trouville , Trouville à Paris.

CHAIVSOIVS NOUVELLES. 149

L'autre soir j'ai pris, Comme un imbécile, L'autre soir j'ai pris Le train des maris.

150 GUSTAVE \ADAIJD.

LES ALTERES.

Vous nous ennuyez , avec

Tous vos grands principes!

Xons avons le gosier sec ,

A fumer des pipes.

Vous voulez tout diriger :

Voilà votre affaire.

Nous voulons boire et manger.

Et ne plus rien faire.

Ah! vous vous repentirez

De votre victoire !...

Xoiis sommes les altérés ;

Qu'on nous verse à boire!

On n'a plus besoin de loi,

Quand on est le maître :

Chacun choisit son emploi ,

Sans plus le connaître.

Tous nos chefs assermentés

Qui sont à la chambre Seront drôlement traités

Par notre décembre.

Journalistes , vous boirez

Dans votre écritoire.

Nous sommes les altérés ;

Qu'on nous verse à boire.'

Ils nous ont pourtant livré ,

Par la loi des grèves , Un contingent assuré

D'excellents élèves.

Qu'importe du candidat

La force ou la taille?

Tout vaurien devient soldat,

Au jour de bataille.

Pitres naïfs ou tarés ,

Courez à la foire.

Xous sommes les altérés ;

Qu'on nous verse à boire!

Dites donc , les élégants ,

Les faux démocrates , Qui mettez parfois des gants ,

Toujours des cravates, Avocats bavards et mous ,

Auteurs hypocrites, Vous qui travaillez pour nous .

C'est vous qui le dites, Alix étrangers vous irez

Apprendre l'histoire.

Nous sommes les altérés;

Qn'on nous verse à boire!

Xoiis nous mangerons un peu ,

Pour plaire à nos femmes.

Il faut, par un certain jeu,

Remplacer les drames.

Le gouvernement , à part,

De nous et des nôtres , Finira peut-être par

Ressembler à d'autres.

Des poëtes décorés

Diront notre gloire.

Xoiis sommes des altérés;

Qu'on nous verse à boire!

CHAXSOXS \OrVELLES. 1 :,:?

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