‹ Chansons nouvellesChapitre 44 sur 58 · GENERAL ET SOLDATS · texte numérisé non relu

GENERAL ET SOLDATS

Mon général , vos frères , vos amis Vons oui pfnissé par delà votre route.

Pour les flatter, vous leur avez promis Plus que vous ne tiendrez sans doute.

— Je le crois bien , répond le «jénéral ; J'ai dû subir leur note impéralive.

Ils ont reçu mon serment intégral :

Je suis leur chef, il faut que je les suive.

Mon général , vos gens parlent toujours. De l'un à l'autre ils se passent la foudre. On trouverait au fond de leurs discoius Moins de grammaire que de poudre.

— Je le sais bien , répond le général ; Mais je ne puis, si leur langue e.st rétive, Leur imposer un examen oral :

Je les gouverne, il faut que je les suive.

Mon général , ne vous semble-t-il pas

Que vous seriez un chef d'orchestre en litre

Dont chaque artiste attendrait le trépas Pour prendre la place au pupitre?

— C'est assez vrai, répond le général;

Je tiens l'archet, mais, avant que j'arrive, Tous mes chanteurs entonnent leur choral : Je les dirige, il faut que je les suive.

Mon général, allez-vous nous trahir?

Tous vos soldats courent aux barricades. Un médecin doit se faire obéir.

Non commander par ses malades.

— C'est juste, mais, répond le général, On m'enverrait bientôt à la dérive,

Si je prenais votre ton doctoral :

Je les commande, il faut que je les suive.

Mon général, vous brillez aujourd'hui; Mais comptez-vous pour rien l'ingratitude? Après demain , quand votre astre aura lui , Vous tomberez en solitude.

— Je le crains bien, répond le général, Car je ne suis ni sultan, ni khédive.

Tous ces gens-là perdent le sens moral : Je les redoute, il faut que je les suive.

Mon général , vous êtes un poltron ; Vous vous placez du côté de lorage.

Lorsque descend le Hun ou le Huron, La résistance est le courage.

— Que voulez-vous! répond le général, Depuis vingt ans j'étais sur le qui-vive. Quand on est brave, on reste caporal : Je suis leur chef, il faut que je les suive.

CHANSOIVS NOUVELLES. 161

I/IM'AII.LIÎ'.LK.

Je vais, l'autre soir, dans le plus grand monde. Je tombe au milieu d'un grave entretien ; On se chuchottait des mots à la ronde. Moi, je les écoute, et n'y comprends rien.

u II est infaillible,

Disait-on tout bas ;

C'est chose impossible

Qu'il ne le soit pas. »

— Infaillible, qui? Ce n'est pas un homme : Le plus orgueilleux n'a pas tant d'orgueil.

Je cherchais en vain, de Paris à Rome, Sur quel infaillible arrêter mon œil.

« Il est infaillible ,

Disait-on tout bas ;

C'est chose impossible

Qu'il ne le soit pas. »

— Infaillible, quoi? Peut-être un remède, Sulfure ou sulfate, un baume, un vaccin? Pour le deviner, j'appelle à mon aide

Un de mes amis, docteur médecin ;

162 GISTAVE \ADAUD.

u II est infaillible, Me dit-il tout bas; C'est cliosc impossible Qu'il ne le soit pas. j

— Infaillible, quoi? Lo gain d'une cause? Je chercbe , parmi les récents procès ,

Et je prends le bras de maître Lachose , Un des beaux diseurs du barreau français :

u II est infaillible ,

Me dit-il tout bas;

C'est chose impossible

Qu'il ne le soit pas. «

— Infaillible, quoi? Quelque grand principe? Un engin de guerre ? un nouvel agent?

J'avise un savant, monsieur Latulipe ,

Et je veux m'instruire en l'interrogeant : u II est infaillible.

Me dit-il tout bas; C'est chose impossible Qu'il ne le soit pas. >>

— Infaillible, quoi? Certaine personne.

Qui me fit jadis des yeux assez doux.

Me tend une main; je la questionne.

« Quel est ce mystère, et qu'en pensez-vous? — Il est infaillible , Dit-elle tout bas;

cha:vso\s xouvelles. les

C'est chose impossible Qu'il ne le soit pas. >-

A la fin, j'ai su ce qu'on voulait dire : On parlait d'Arthur, un vieux impotent Qui veut épouser la jeune Palmyre.

Par allusion au sort qui l'attend,

ic 11 est infaillible ,

Disait-on tout bas ;

C'est chose impossible

Qu'il ne le soit pas.

UU GUSTAVE \ADAUD.

UN FOLDHK D'KLOOL'EXCE

Jamais de réflexion , Jamais d'hésitation ; Il parle tout comme il pense.

Il pense comme il écrit.

Dieu! s'il avait de l'esprit!...

C'est un foudre d'éloquence.

Il parle de liberté,

Il parle d'égalité

Comme pas un autre en France.

Quand il dit : Fraternité!

L'nnivers est agité :

C'est un foudre d'éloquence.

Il parle de tout, sur tout; Il a même quelque goût Pour les mots de fine essence ; Mais quand il parle tout bas , On l'entend à cinq cents pas :

C'est un foudre d'éloquence.

Chez cet homme universel, Le gros poivre et le gros sel

CHAXSOXS XOUVELLES. IW

Ne sont jamais en vacance.

X'ayez peur que ses amis Se soient jamais endormis :

C'est un foudre d'éloquence.

C'est un colosse, un géant; Il a du grand Océan L'étendue et l'abondance.

II doit même en avoir plus , Puisqu'il n'a pas de reflux.

C'est un fondre d'éloquence.

Les orateurs d'autrefois D'abord avaient moins de voix, Puis prenaient un jour d'avance Pour préparer leurs discours.

Il improvise toujours :

C'est un foudre d'éloquence.

II est plus fort et plus beau Que Danton et Mirabeau , Avec cette différence Que, pour les transfigurer, II tonne avant d'éclairer :

C'est un foudre d'éloquence.

Les hommes, les animaux, La terre et les végétaux Ont leur temps de somnolence.

Pour lui, l'hiver et l'été

166 GUSTAVE XADA UU.

Ont même fécondité :

C'est un foudre d'éloquence.

Par exemple, n'allez pas Mesurer à vos compas Cette énorme intelligence.

C'est un fiacre à deux ressorts, Comme Budaille et consorts, Que ce foudre d'éloquence.

CHAIVSOXS \OUVELLES. 167

Page 1