‹ Chansons nouvellesChapitre 58 sur 58 · LES RUINES DE PARIS · texte numérisé non relu

LES RUINES DE PARIS

Un jour, dans deux mille ans peut-être Parmi la ronce et les débris, A peine on pourra reconnaître La place où s'élevait Paris.

Alors , des hauteurs de Montmartre , L'œil curieux voudra saisir Les plis de cette immense dartre Qui fut le séjour du plaisir.

Les professeurs , les antiquaires , Diront aux futurs écoliers :

" Voyez combien étaient précaires Les gloires de vos devanciers!

«Ces marais, refuge des râles, Etaient des îles autrefois , Où se dressaient les cathédrales Et le palais des premiers rois.

1) Ces berges que la mousse couvre Et qui s'effondrent sous les eaux,

•208 GUSTAVE \.ADAUD.

C'étaient l'Institut d le Louvre Ensevelis sous les roseaux.

» Ces dunes pauvrement boisées, C'est la Sorhonne et l'Odéon, Ces landes, les Champs-Klysées, Ces broussailles, le Pantliéon.

)) Plus loin de maigres pâturages Se prolongent aux alentours, Où dorment les buffles sauvages Accroupis sur les vieux faubourgs.

» Au milieu de l'amphithéâtre , La Cilé du luxe et des arts Ne laisse qu'un sable grisâtre.

Des vipères et des lézards.

» Là fut la place favorite Où le monde vint se presser.

Sol épuisé , terre maudite , Rien n'y pourra jamais pousser. »

Mais que dis-je? et quel mauvais rêve Vient nous troubler quand nous buvons?

La nuit a fui , le jour se lève :

Paris existe , et nous vivons !

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