CHALE KT BONNET
Elle était vraiment jolie, Bien qu'elle eût, ce matin-là, Un air de mélancolie. ..
Il pleuvait : c'est pour cela.
Celte pluie était du givre, Ce givre était du verglas.
Je résolus de la suivre , Et je me mis sur ses pas.
Comme l'abeille se joue Au calice d'une fleur.
Elle trottait dans la boue , Qui lui donnait sa couleur.
Je n)e disais : ^c Où va-t-elle , Avec ce grand air d'ennui?
Je saurai, mademoiselle, Votre secret d'aujourd'luii. >;
Sa mise me fit sourire :
Une robe qui traînait,
CHAXSOXS XOUVELLES. 17
Sur son dos, un cachemire, Et sur sa tèle, un bonnet!
Robe jadis violette , Mais ayant perdu son nom.
Le bonnet disait : Grisette ; Le châle répondait : Non.
Cachemire de duchesse.
Valant trois mille francs net.
Le châle disait : Richesse; Non, répondait le bonnet.
Durant tout ce dialogue Que sa mise m'inspirait, Je la suivais comme un dogue Qu'on veut dresser à l'arrêt.
Il semblait qu'en promenade Elle allât à travers champs, Sans adresser une œillade A la montre des marchands.
Par les méandres sans nombre D'un quartier que j'ignorais.
Elle conduisit son ombre Du Panthéon au Marais.
11 fut un pas dans la route Qu'elle hésitait à franchir ;
IS f, l STA\ K .\. II) A II).
C'clail fiilifjiip, sans doiilo :
Ses jamljrs semblaient llcdiir.
Je pensai : » Brebis qni boite Doit approclier du bercail. " Tont il coup, tournant à droite, Elle entra sous un portail.
Comme au bord d'un précipice, Tout ému, je m'arrêtai :
Au fronton de l'édifice.
Je lus : Moiil-fle-Picté.
Pauvre fille! me disais-je, Elle aura connu la faim El le froid... Voici la nci;î[e...
Elle reparut enfin.
J'aperçus dans sa main pâle Un papier qu'elle serrait :
Elle n'avait plus de cbàle, Et je crois qu'elle pleurait.
Me vit-elle? Je l'ijrnore; Mais elle pressa le pas.
Je voulais la suivre encore , Et je ne la revis pas.
CHAIVSOXS NOUVELLES, l'>