PÉTITION D'UN ÉMIGRÉ
A LA CHAMBRE DE iS^S.
Air : J'ons un curé patriote.
C'est à vous , gens de la Chambre, Que je m'adresse aujourd'hui ; Plus d'un honorable membre If M'avait promis son appui.
Vous savez ce qui m'est dû Pour le bien que j'ai perdu.
C'est pourquoi, C'est pourquoi, Messieurs, indemnisez-moi, Oui, messieurs, indemnisez-moi!
Dès qu'une sotte canaille Osa parler de ses droits , Moi, qui n'aime pas qu'on raille, J'allai crier sur les toits.
Qu'il fallait tout lui ravir, Hors le droit de nous servir ;
C'est
pourquoi ,
C'est pourquoi.
Messieurs, indemnisez -moi.
Oui, messieurs, indemnisez-moi!
( 5o) Quand du prince et de la France Je reconnus le danger.
Par devoir et par prudence, J'émigrai chez l'étranger; Comptant bien, avec raison, Reconquérir mon donjon.
C'est pourquoi,
C'est pourquoi, Messieurs, indemnisez-moi, Oui, messieurs, indemnisez moi!
A Coblentz, j'eus la nouvelle Que par un décret rendu.
Fiefs, château, tour et tourelle.
Tout avait été vendu, Pour vêtir les forcenés Qui nous ont si mal menés.
C'est pourquoi,
C'est pourquoi, Messieurs, indemnisez-moi.
Oui, messieurs, indemnisez-moi!
Pendant dix ans, en personne, J'allai de Vienne à Hambourg, De Berlin à Ratisbonne, De Londre à Saint-Pétersbourg; Pour tant de voyages faits V^ous passerez quelques frais;
Ccst pourquoi,
C'est pourquoi, Messieurs, indemnisez-moi, Oui, messieurs, indemnisez-moi!
Des guerriers les plus terribles, Les efforts furent déçus, Leurs bataillons invincibles Par l'hiver furent vaincus.
Derrière un cosaque assis.
Un jour j'entrai dans Paris.
C'est pourquoi.
C'est pourquoi.
Messieurs, indemnisez-moi, Oui, messieurs, indemnisez-moi!
Depuis lors, dans ma province, Ajoutant à mes hauts faits , Pour le service du prince.
J'ai dénonce' six préfets ; Je n'ai que trois pensions, Quatre croix et deux cordons :
C'est pourquoi ,
C'est pourquoi.
Messieurs, indemnisez-moi.
Oui, messieurs, indemnisez-moi!
Allons, messieurs", sans scandale.
Partageons-nous le gâteau.
Pour sa valeur intégrale, J'abandonne mon château :
S'il nous faut d'autres secours, La France paîra toujours.
C'est pourquoi,
C'est pourquoi , Messieurs, indemnisez-moi, Oui, messieurs, indcmnisez-moi !
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