‹ Chansons nouvellesChapitre 63 sur 80 · LE MOINE · texte numérisé non relu

LE MOINE

ou LA TENTATION.

Air : Des comédiens, Ou d'Octa\ie.

Disparaissez, voluptueux fantômes, Qui m'assiégez jusque dans le saint lieu ! Gardiens ailes des célestes royaumes , Prenez pitié d'un serviteur de Dieu !

Quand la nuit sombre obscurcit ces murailles Où j'abdiquai mes sens et ma raison , Pour apaiser le feu de mes entrailles J'appelle en vain l'appui de l'oraisou.

Sur mon grabat, entouré de cilices.

Je forme eu vain de saintes volontés, Satan vainqueur, de profanes délices Poursuit toujours mes yeux épouvantés.

Sous les arceaux de ce cloître gothique Je vois errer des spectres ravissans ; Leur front est pur, leur sourire angélique , Et le poison entre par tous mes sens.

l\'(Mos-vous point ces nyiii|)Iic.s l)nc:igcics Que les païens atloraiciit autrefois?

Ou , sous les plis de tuniques légères, Filles ilu ciel, est-ce vous que je vois?

Ange ou dëmon , toi dont la clievelure D'un cou d'ivoire ombrage le contour, Viens, laisse moi dénouer ta ceinture.

Viens, plongeons-nous dans destorrens d'amour.

Mais de la croix le signe salutaire A dissipe ces enfans de l'erreur. Et , le front pâle, appuyé contre terre. Je tremble encor de désir et d'horreur.

Disparaissez, voluptueux fantômes.

Qui m'assiégez jusque dans le saint lieu ! Gardiens ailés des célestes royaumes.

Prenez pitié d'un serviteur de Dieu !

Je t'appartiens, Dieu cruel ! sois mon maître î J'immolerai mes désirs renaissans :

Je l'ai promis.... mais, devais-je promettre, D'anéantir tes plus riches présens ?

Le désespoir s'empare de mon ame.

Eh quoi! jamais, de peur d'un Dieu jaloux. Je n'obtiendrai des lèvres d'une femme Les noms si chers et de père et d'époux !

Le plaisir seul conserve ton ouvrage, Dieu créateur, et jusque sur nos tours

Un nid étroit, icspecté par l'orage, Ue la colombe abrite les amours.

Dompte , seigneur, dompte ma chair lebcilc ; La discipline a beau fouetter ce flanc : Sous les anneaux de sa chaîne cruelle, L'amour cncor fait bouillonner mon sang.

De veine en veine il pétille, il me brûle! Si pour goûter un instant do fraîcheur, A la lueur du naissant crépuscule, J'allais prier la mère du pécheur?

Que dis-je, hélas!... elle est femme... elle est l>cll< En contemplant ces traits doux et charmans , J'oserais tout ; ma flamme criminelle La souillerait d'afi'reux embrassemens.

Tombe sur moi , tombe plutôt la foudre ! Que sous mes pas s'ouvrr.' l'enfer vengtMir! Je suis damné... Ciel, pourrais- tu m'absoudre ? Le sacrilège habite dans mon cœur.

Disparaissez, voluptueux fantômes, Qui m'assiégez jusijue dans le saint lieu! Gardiens ailés des célestes royaumes.

Prenez pitié d'un serviteur de Dieu!

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