‹ Chansons nouvellesChapitre 77 sur 80 · LE CYGNE · texte numérisé non relu

LE CYGNE

ou LA MOF.T DE LORD BYHOK.

(juiUet 1824.)

Air ; Te souviens-tu, etc.

Non loin des bords que l'Eurotas arrose. Naguère un cygne, au chant mélodieux, Sous des cyprès mêles de laurier-rose , Se préparait à ses derniers adieux.

Jusqu'à ce jour fuyant la tyrannie, Sur un sol libre il ne peut s'arrêter : Faites silence, ô vierges d'Hellënie: )

Prêt à mourir le cygne va chanter! |

u Loin des roseaux de cette ile fangeuse, Dont les printemps ressemblent aux hivers, Je m'exilai, lorsqu' Albion menteuse, Aux nations vendait d'ignobles fers.

De mes accens la sauvage harmonie Dans le désert aimait à s'écouter.

— Faites silence, ô vierges d'Hellënie, Prêt à mourir le cygne va chanter!

j> Toujours errant de rivage en rivage, le vis l'Ibère au meurtre l'açoune, Pour s'affi'anchir d'un récent esclavage, Ressusciter un tyran détrôné.

Partout j'ai vu la vérité punie, Sur l'échafaud vainement protester.

— Faites silence, ô vierges d'Hellénie, Prêt à mourir le cygne va chanter !

51 Sur un rocher entouré par l'abîme,

Je vis un jour l'aigle précipité;

Sous les débris de son malheur sublime,

Je saluai son immortalité î

Je détestai la noire félonie

Qui sur ce roc avait pu le jeter.

— Faites silence, ô vierges d'Hellénie, l'rèt à mourir le cygne va chanter !

îi Je visitai l'antique Parthénope, Que ses enfans promettaient de venger; Mais ces héros, aux regards de l'Europe, Le lendemain embrassaient l'étranger.

Ah! des beaux-arts qu'importe le génie.

Quand un barbare a droit de l'insulter?

— Faites silence, ô vierges d'Hellénie, Prêt à mourir le cygne va chanter!

51 J'allais périr, une brise odorante Me ramena sur la cendre d'Argos; Je vis la Grèce abattue, expirante.

Avec ses fers écraser ses bourreaux.

( 2i6 ) *De ces climats la liberté bannie, Sous des lauriers vint encor s'abriter.

— Faites silence, ô vierges d'Hellénie, Prêt à mourir le cygne va chanter !

;> Mes jours sont pleins; mais avant que l'expire, O Grecs vainqueurs, jurez par vos exploits, Jurez , ô Grecs , de sauver votre empire, Et du croissant et du sceptre des rois! » Il dit, soudain les filles d'Aonie, Sur l'Helicon courent le transporter.

Pleurez, pleurez, ô vierges d'Hellénie, Pleurez, le cygne a cessé de chanter.

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