LE CENSEUR
Air ! De la robe et des bot les.
liîi me disait : Il est temps d'être sage; A.U Pinde aussi l'on change de drapeaux. Tentez la gloire , et , dans un grand ouvrage , Pour le théâtre abdiquez les pipeaux.
De mes refrains j'ai repoussé le livre; Hais quand j'invoque et Thalie et sa sœur, .eur voix me crie : Ah ! que Dieu nous délivre , Nous délivre au moins du censeur.
.a liberté, nourrice du génie,
/"oit les beaux-arts pleurant sur son cercueil.
Qui va d'un joug subir l'ignominie, A de son vers d'avance éteint l'orgueil. Réponds, Corneille, oserais-tu revivre ?
Et toi, Molière, admirable penseur?
]Non, dites-vous, ou que Dieu vous délivre, - \ous délivre au moins du censeur.
Tu veux encor ravir le feu céleste , Jeune homme, épris des lauriers les plus beaux, Quand la censure , à son rocher funeste , De ton génie a promis les lambeaux !
D'affreux vautours, que leur pâture enivre , Vont mutiler le noble ravisseur. /^ Fils de Japet , ah ! <]ue Dieu te délivre, Te délivre au moins du censeur.
Avec Thalie , en satires féconde, Peignons nos grands , leurs valets , leiu's rimeurs Les vils rjpssorts qui font mouvoir le monde, Et la cour même envenimant nos moeurs.
Dclateur , tremble ! en scène il faut me suivre. JefFrys en vain ta pris pour assesseur *. Quoi ! tu souris ! ah ! que Dieu nous délivre , Nous délivre au moins du censeur.
De Louis onze évoquons les victimes.
<^ue , dévoré d'un sanguinaire ennui , Ce roi bigot, pour se soûler de crimes , Mette sa vierge entre le diable et lui **. Mais, tout sanglans, nos Tristans*** vont poursuivre Ce vœu formé contre un lâche oppresseur, Morts , taisez-vous ! ou que Dieu nous délivre ! Nous délivre au moins du censeur.
* Juge anglais devenu fameux, pendnnt la rcstauralion des Sluarls, et dont le nom est un peu estropie' ici par nécessité pour la mesure.
** Louis XI, au dire de quelques liisloriens, demandait pardon de ses crimes à la bonne \ ierg'î de plomb qu il portait à son cliapeau. »
*** Tristan est le nom du grand prévôt de Louis XI. Il était 4;entilliomme , et rcianissait aux fonctions déjuge celles d'cxécu-^ leur des hautes oeuvres.
Je laisse donc Tlialie et Melpomène Pour la clianson, libre en dépit des rois. Sans le régir, j'agrandis son domaine ; D'avitres un jour lui traceront des lois. Qu'en république on puisse y tuujours \ivre C'est un état qui n'est pas sans douceur. Pauvres Français, ali ! que Dieu vous délivre Tous déli\re au moins du censeur