‹ Chansons nouvellesChapitre 38 sur 53 · LE VIEUX SERGENT · texte numérisé non relu

LE VIEUX SERGENT

Aie : Dis-moi, soldat) dis-moi, t'en souvicns-tu?

I R È S du rouet rie sa fille chérie ,

Le vieux sergent se distrait de ses maux , Et , d'une main que la balle a meurtrie , Berce en riant deux petits fils jumeaux. Assis tranquille au seuil du toit champêtre , Son seul refuge après tant de combats,

II dit parfois -. « Ce n'est pas tout de naître ;

« Dieu, mes enfans, vous donne un beau trépas ! »

Mais, qu'entend-il ? le tambour qui résonne ; 11 voit au loin passer un bataillon.

Le sang remonte à son front qui grisonne ;

Le vieux coursier a senti l'aiguillon.

Hélas ! soudain , tristement il s'écrie :

« C'est un drapeau que je ne connais pas *.

» Ah ! si jamais vous vengez la patrie ,

M Dieu , mes enfans, vous donne un beau trépas !

» Qui nous rendra , dit cet homme héroïque ,

» Aux bords du Rhin , à Jemmape , à Fleurus ,

» Ces paysans , fils de la république ,

)) Sur la frontière , à sa voix accourus ! '

» Pieds nus, sans jiain, sourds aux lâches alarmes,

•» Tous à la gloire allaient du même pas.

» Le Rhin lui seul peut retremper nos armes.

M Dieu, mes enfans, vous donne un beau trépas!

» De quel éclat brillaient dans la bataille )) Ces habits bleus par la victoire usés !

* La France était alors couTcvtc de drapeaux e'tranjo-s.

I) La Liberté mêlait à la mitraille

» Des fers rompus et des sceptres brisés.

ï) Les nations , reines par nos conquêtes ,

» Ceignaient de fleurs le front de nos soldats.

Heureux celui qui mourut dans ces fêles ! • Dieu , mes enfans , vous donne un beau trépas !

» Tant de vertu trop tôt fut obscurcie. i> Pour s'anoblir nos chefs sortent des rangs ; n Par la cartouche encor toute noircie , » Leur bouche est prête à flatter les tyrans. » La Liberté déserte avec ses armes ; » D'un trône à l'auti-e ils vont offrir leurs bras ; » A notre gloire on mesure nos larmes. Dieu , mes enfans , vous donne un beautrépas ! »

Sa fille alors , interrompant sa plainte , Tout en filant , lui chante à demi-voix Ces airs proscrits qui , les frapjiant de crainte , Ont en sni-saul réveillé tous les rois.

« Peuple, à ton tour, que ces chants teréveillenl I a II en est temps ! » dit-il aussi tout bas. Puis il répète à ses fils qui sommeillent : 1 Dieu, mes enfans, vous flonne un heau trépas !

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