ADIEUX A LA CAMPAGNE
(Cette chanson , faite dans le mois de novembre 182T, fut copie'e et distribuée au tribunal le jour de ma condamnation. )
Air : Muse des jeux et des accords champêtres.
Soleil si doux, au déclin de l'automne: Arbi'es jaunis, je viens vous voir encpr. N'espérons plus que la haine pardonne A mes cliansons leur trop rapide essor. Dans cet asile, où reviendra Zéphyre, J'ai tout rêvé, même un nom glorieux.
Ciel vaste et pur, daigne encor me sourire; Echos des bois, répétez mes adieux.
Comme l'oiseau, libre sous la feuillée, Que n'ai-je ici laissé mourir mes chants !
Mais de grandeurs la France dépouillée Courbait son front sous le joug des médians. Je leur lançai les traits de la satire ; Pour mon bonheur lamour m'inspirait mieux. Ciel vaste et pur, daigne encor me sourire ; Échos des bois, répétez mes adieux.
Déjà leur rage atteint mon indigence *,
Au tribunal ils traînent ma gaîté;
D'un masque saint ils couvrent leur venge^nœ ;
Rougiraient-ils devant ma probité ?
Ah ! Dieu n'a point leur cœur pour me maudire
L'intolérance est fdle des faux dieux.
Ciel vaste et pur, daigne encor me sourire ;
Echos des bois , lépétez mes adieux.
* Lorsque mon Recueil parut , on m'a ajsure' que ce fut le niU nistèrc qui for^ les membres du conseil de 1 Université de môler le modif^uc emploi d'e.ïpcditionnaire que j'occupais depuis doute ans. )
( '9 ) Sur des lonibeaux si j'évoque la gloire , Si j ai prié pour d'illustres soldats , Ai-je, à pi'ix d'or, aux pieds de la victoire, Encouragé le meurtre des états ?
Ce n'était point le soleil de l'empire Qu'à son lever je chantais dans ces lieux. Ciel vaste et pur, daigne encor me sourire ; Echos des bois, répétez mes adieux.
Que, dans 1 espoir d humilier ma vie ,
s amuse à mesurer mes fei's ;
ïMème aux regards de la France asservie , Un noir cachot peut illustrer mes vers. A ses barreaux je suspendrai ma lyre , La renommée y jettera les yeux.
Ciel vaste et pur, daigne encor me sourire ; Echos des bois, répétez mes adieux.
Sur ïiia prison vienne au moins Pbiloracle 1 Jadis un roi causa tous ses malheurs.
Partons ; j entends le geôlier qui m'appelle.
Adieu les champs , les eaux , les prés , les fleurs ,
Mes fers sont prêts; la liberté m'inspire ;
Je vais chanter son hymne glorieux.
Ciel vaste et pur, daigne encor me sourire ;
Echos des bois, répétez mes adieux. •.