‹ Chansons populaires des provinces de FranceChapitre 102 sur 124 · NOUS ÉTIONS DIX FILLES DANS UN PRÉ · texte numérisé non relu

NOUS ÉTIONS DIX FILLES DANS UN PRÉ

M r S I Q U ■ RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIANO PAR J . Il . W E K E R L I X.

CHANT

PIANO

Allegretto moderato.

Nous é - tions

î S__fc l> h. — k-.

N-JV,

dix fill's dans un

pré, Tout 's les

^ J 1 dix à ma -ri

• er, Y'avoit

Di-ne, y'avoit

Chi-ne, Y'a-voit Clau-dine et Mar - ti-ne: Ahl ah! Cath'ri-nelle et

Cath'ri-na, Y'a-voit la bel - lo Su-zon, La duchess' de Montba-zon,

A tempo.

fia».

Y*a-voit Ma-de - Ici

ne, H y'a-voit la Du Mai

- ne.

Ait.

j( Hmpo.

Le lils du roi vint à passer, [/fils du roi vint à passer, Salua Dine , Salua Chine , Salua Claudine et Martine ,

Ah ! ah !

Catlf rinctte et Cath'rina ; Salua la belle Suzon , La duchess' de Montbazon , .

Salua Madelaine, Embrassa la du Maine..

A toutes il fit un cadeau , A tout' s il fit un cadeau , Bague à Dine , Bague à Chine , Bague à Claudine et Martine,

Ah ! ah!

Caih'rinette et Cath'rina; Bague à la belle Suzon, La duchess' de Montbazon , Bague à Madelaine , Diamants à la du Maine.

Puis il leur offrit à coucher, Il leur offrit à coucher:

Paille à Dine , Paille à Chine , Paille à Claudine et Martine,

Ah! ah!

Caih'rinette et Cath'rina; Paille à la belle Suzon, La duchess' de Montbazon , Paille à Madelaine , Beau lit à la du Maine,

Puis toutes il les renvoya , Toutes il les renvoya, Chassa Dine , Chassa Chine , Chassa Claudine et .Martine,

Ah ! ah !

Caih'rinette et Cath'rina, Chassa la belle Suzon, La duchess' de Montbazon , Chassa Madelaine , Et garda la du Maine.

PIXGO LES XOIX.

U 0 S I Q D F BKCDIItLII KT TRANSCRITE AVKC PIAWO PAR J. B. U' B K 1! R 1. 1 \\

CHANT

PIANO

ri

j4 Uegrelta.

Der-rici' chez nous

v a-t -un

mf

bois, Pingui pin - go, pin-go les noix, Deux lièvres sont dedans le

bois, ,6i-be-lin bi-be - lo, po-po la gué-na

go, Pin - go la guc" - na - go, pin-go les noix. > •>

ftif.

Xr courez jamais dans le bois.

Pingui pingo, pîngo les doù .

A près deux lièvres à lu fois,

Itihclin bibdo . pono In gucnago, Pingui pingo .

Pingo In guénagn , piogO les noix .

p«tii. Ttpnr'"pl'i' Hmt\ Pin», m finr»nri#r», ».

Pour les chasser m'en fus au l>ois.

Pingui pingo , piogO les noix , Ils sont partis en tapinois .

Rihelin liibrlo , popo la guénago, Pingui pingo, Pingo la guénago, pingo les noix.

ORLEANAIS.

LUS PILLES DE CERV01S. — L E I' 1 O C. Il E LU DE T E R II E . LES Cl, OC II ES.

Il est un coin de l'Orléanais bien particulier, la Sologne, pays de fièvre, où le sol est pins dur à cultiver qu'ailleurs. Et cependant le paysan chante comme dans la florissante Normandie , et ses chansons ne sentent pas la fièvre. C'est un singulier peuple que le Solognot, dont le nom a quelque chose de triste et de résigné. On peut encore en parler aujourd'hui, car beaucoup ont connu les misères de ce peuple; mais grâce aux progrès qu'a faits l'agriculture , la Sologne défrichée tiendra bientôt son rang au milieu des riches plaines de la France, et toutes lamentations à cet égard seraient inutiles.

En Sologne on se divertit comme ailleurs aux jours de fête, et on m'a conté qu'à une certaine fête de village, dans un cabaret, les filles s'étaient séparées des garçons pour se réunir dans une salle voisine. Les deux sexes s'étaient-ils disjoints exprès pour composer une chanson? Je ne saurais le dire au juste. Toujours est-il qu'à un moment donné les garçons ouvraient la porte de communication, et l'un d'eux s'avançait et chantait un couplet sur les filles : celles-ci répondaient un couplet improvisé immédiatement contre les garçons. Le troisième couplet était consacré à se moquer des filles , le quatrième des garçons , et ainsi de suite.

Il en est au village comme à la ville : toujours on dissertera sur l'homme et la femme : s'il y a quelques esprits masculins, modérés et éclectiques qui prennent la défense des femmes, tandis qu'au contraire certaines femmes plus audacieuses tournent leurs armes contre elles-mêmes, chaque sexe a toujours été fier de ses apanages et a cherché à rabaisser l'autre au profit du sien. Depuis les législateurs de l'Inde la discussion se continue, s' appuyant sur l'alchimie, sur la théologie, sur la physiologie, suivant la mode du moment: nous n'en sommes pas plus avancés.

L'homme reste homme et la femme reste femme.

Il était curieux de montrer la même discussion au village, avec cet avantage pour les paysans solognots qu'ils la rendent plus gaie en la recouvrant de poésie et de musique. J'ai montré dans la préface la méthode des compositeurs populaires, car dans tout art si naïf qu'il soit, il y a une sorte de méthode. Si j'avais pu recueillir la chanson moitié contre les filles moitié contre les garçons, il me serait facile de prouver de quels jalons particuliers se servent les improvisateurs de ces chansons; malheureusement la personne qui me communique le récit de la fête à laquelle elle a assisté, n'a pu noter ni les paroles ni la musique qui sortaient de ce cabaret.

L'art populaire d'Epinal a répandu U- goût de ces dissensions entre l'homme et la femme. Qui ne s'est arrêté devant ces symboliques gravures sorties de l'imprimerie d'Epinal et dont le vif coloris tire l'œfl? Là ce sont des hommes menés au moulin par les femmes : les hommes sont jetés sans gêne entre les meules pour être broyés afin de devenir meilleurs, et les femmes sont conduites au forgeron pour être battues sur l'enclume afin d'en sortir plus souples.

Ces réflexions sur la nature de la femme et sur le rôle qu'il convient à l'homme de tenir envers elle, sont inscrites si vivement dans l'esprit du paysan, qu'un homme qui fut célèbre un moment par suite d'une accusation capitale, le père \ illel , un des plus grands comédiens que j'aie vus, oublia au tribunal et le danger qu'il courait et la feinte surdité que depuis huit jours il montrait en pleines assises, à Laon, lors du procès Lemaire . pour s'écrier tout à coup :

— Un homme qui bat sa femme, c'est comme celui qui frappe sur un sac de farine, le bon sort, le mauvais reste, n

Si un homme qui se sent coupable, dont la tète est menacée, ne résiste pas à l'envie de prouver sa finesse par une image empruntée aux choses qui le frappent journellement, on pense combien doit être grande cette préoccupation dans l'esprit d'un paysan libre, vaquant à ses affaires, conduisant une voiture de fermier, labourant ou récoltant ses fruits. Il est occupé matériellement; mais quand l'intérêt ne l'emporte pas, il peut réfléchir à beaucoup de choses, et la femme, quoique son rôle soit d'un degré plus inférieur au village qu'à la ville, apparaît avec l'éducation qu'il convient de lui donner en ménage. C'est ce qui explique la chanson que chantaient au cabaret les Solognots en dénigrant le sexe opposé.

L'art populaire, la gravure, n'a pas peu contribué à entretenir les idées entre lesquelles marchent en tète le souvenir des grands hommes (Napoléon I") , la légende populaire (le Juif errant) , la complainte ( Pythias et Damon ) , et la reproduction de la beauté sous toutes ses formes, ainsi que de l'amour au sérieux comme au grotesque {Héloïse et Abailard) , et la forge et le moulin dont je parlais tout à l'heure.

Avec la faïence peinte qui s'étale sur le dressoir, cette imagerie semble former tout l'art pour le paysan ; mais il en est un autre qui lui parle plus directement et plus profondément. La chanson réjouit son oreille et son cœur, quand elle ne l'attendrit pas. Le paysan préfère celle qui le réjouit. Il a assez de tracasseries et de misères avec sa terre, pour ne pas chercher dans l'art un peu de cet étourdissemenl qu'il trouve au fond de la bouteille.

La véritable chanson populaire est celle qui ressemble aux assiettes à coqs et aux enluminures des gravures à un sou. Aussi malheureusement suis-je obligé de supprimer beaucoup de ces poésies, trop salées pour nos oreilles timides. Ce seraient certainement les plus gaies du recueil actuel, mais les curés y vont trop dans les bois « cueillir la noisette » ; et les gaudrioles un peu déculottées que les jeunes filles chantent innocemment en chœur sans en approfondir le sens, sont passées de nos mœurs. C'était pourtant l'art correspondant à la faïence et à l'imagerie.

Les ehansons de Sologne que nous publions aujourd'hui ont ce caractère bien particulier. La poésie n'en est pas des plus fines, mais elle a son accent net, précis, et pour la première fois, dans l'énorme quantité de chansons que nous avons recueillies pour choisir les plus caractéristiques, une industrie nouvelle qui a été la terreur du paysan, apparaît, présentée même avec une habileté de dramaturge. Le dénoùment de la chanson du Pioehrur de terre, un esprit rompu à tous les artifices de l'art ne l'eût pas trouvé si imprévu.

Mais à quoi bon commenter ces chansons! Si celui qui la chante, si ceux qui l' écoutent, n'en sont pas frappés, c'est que le sentiment leur manque, et je ne saurais démontrer le sentiment.

CuwMinn

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