‹ Chansons populaires des provinces de FranceChapitre 27 sur 124 · MUSIQUE RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIAXO PAR J. R. W E K E R L I X · texte numérisé non relu

MUSIQUE RECUEILLIE ET TRANSCRITE AVEC PIAXO PAR J. R. W E K E R L I X

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BEHHY.

LA VOILA, LA JOLI1 COUPS, — j'Ai DEMANDÉ - Z - A LA VIEILLE. PETIT SOLDAT DE GUEBBE.

Le Berry, perdu il y a une douzaine d'années au milieu des antres provinces de France, a été révélé par une femme au style éloquent, qui, soucieuse d'appeler l'attention sur ses compatriotes, les a mis en lumière par ses livres et ses pièces de théâtre. Pour la première fois peut-être, le patois fut introduit sur la scène; François le Champ;/ et la Mare au Diable furent les premières hases d'une littérature de yillage dont le mouvement parallèle se faisait sentir en Allemagne. Si la passion des gens de ville se trouva greffée sur le sauvageon des gens de campagne, il n'en resta pas moins des études locales intéressantes. Le pays était riche et fécond en légendes, en traditions, en coutumes, en poésie et en musique. Madame Sand creusa la mine et sut l'abandonner avant que la curiosité publique, qui se blase si facilement, manifestât quelque fatigue du genre berrichon.

D'autres, après elle, se sont emparés du Berry, en laissant de côté l'élément romanesque et en précisant avec plus d'allure les mœurs des paysans. Il faut citer surtout II. Charles Bibault de Laugardière, substitut du procureur impérial à Clamecy, dont les études positives sont très-remarquables. Après le chasseur qui, levé de bon matin, va étudier des pistes dans les forets, on citera maintenant le chercheur de chansons populaires. C'est comme un métier de juge d'instruction, et je ne connais rien de plus intéressant que la seconde lettre à AI. le Rédacteur du Droit commun sur quelques prières populaires du Berry. Presque aussi paysagiste que madame Sand, un jeune substitut, poussé par un réel amour de la littérature populaire, a écrit un chapitre que je voudrais pouvoir donner tout entier, tant la franchise du récit s'y mêle au sentiment de la nature.

u C'était par un de ces jours d'automne vers le milieu desquels, après s'être longtemps traîné sur la campagne, le brouillard commence enfin à s'élever. Le vent soufflait de bise, et de loin en loin un rayon lumineux jaillissait à travers les nuages de bèrouécs qui couraient amoncelés dans le ciel. Ces lueurs obliques qui traversent ainsi les nuages, on les appelle, dans le pays, les jambes du soleil. La clarté augmentait; et tout en marchant, je comparais la lumière qui se faisait dans la nature à celle que j'espérais voir se faire bientôt dans certaines idées qui m'occupaient. »

AI. de Laugardière cherchait à compléter certaines strophes de prières populaires dont il ne possédait que quelques vers. — Pour avis, lui avait dit un paysan, si entrerai les huit ou dix femmes qui lavent à c'tte heure à la Piée-des-AIarais , y en aurait pas qui en sauraient de ces prières? Arrivé au lavoir. — Eh ben, monsieur, et ces vieilles prières, vous les chcrche/.-t-y toujours? dit une des lessiveuses. — Certainement, je les cherche. — Peut-être ben. — Et je ne les trouve pas partout. En savez-vous quelques-unes? — Té! que je sais le Pater, l'Are, le Credo, le Conjiteor et les Actes. — Aga donc, t'en sais ben long, fit la voisine de droite. — Tu les dis-t-y tous les jours? ajouta la voisine de gauche. — Soir et matin, d'affilée, et ranchément (rapidement), encore. — On dit que ça compte double, dit une femme. — Bèdamel tant mieux. — Celles-là sont connues. Alais des anciennes, demandait AI. de Laugardière, n'en savez-vous pas? — Xcnni. Alais v'Ià ici la Cariotle qui doit ben en avoir appris, pas vrai? Si aile 'tait pas tant peuraude. . . — Aloi , dit la mère Daise en manière d'encouragement adressé à la laveuse mise en cause, j'y ai, ma dîne, ben raconté tout ce que je savais, à ce monsieur. — Tu sais ben à te débaillouner, toi. — J'y dirai aussi la mienne, fit enfin la Cariotte. (El elle répéta la prière de l'ange Gabriel.) — Acoutez donc, monsieur, v'Ià c'tte ch'tite niée Booette qui veut parler, s'écria une commère facétieuse. — T appaisseras-Ui , vieille loup-ga roi i ! Veux-tu te taisrr! — Laquelle que tu y as dite, niée Daise? — La Diction de Dieu, répondit l'interrogée. — Comment qu'a va? dit la Cloute. — - A va comme ça, dit une autre laveuse qui répéta la prière \' Election a" Dieu.

Par ce dialogue précis comme la réalité, on peut s'imaginer les difficultés du chercheur de poésies populaires que les paysans ont conservées précieusement dans leur cerveau, niais qu'ils ne livrent qu'avec peine, croyant qu'on se moque d'eux.

Il est impossible, dans une notice si courte, de donner une idée de la poésie populaire dans le Berry; les citations rempliraient un volume, et l'analyse ne vaut pas la citation. Aussi me tiendrai-je sur le chapitre des uoees, qui fournirait un livre curieux d'essais de morale comparée, si on mettait en regard la façon diverse dont le mariage est envisagé dans les provinces de France. Quand les garçons assiègent la porte de la mariée enfermée en compagnie des filles ses amies :

Ovrez, ovitz la porte et laissez-nous entrer,

s'écrient les garçons; à quoi la fiancée répond :

Moi, je suis une fille d'un assez haut prix, Je n oire pas nui porte <i ces heures ici.

Tout le Berrj et le Bourbonnais oui reproduit cette réponse avec des variantes; la fille a le sentiment de sa chasteté. — J' suis une fille d'un trop grand prix, dit-elle dans quelques villages. Dans le Bourbonnais, c'est presque le même vers : «Une fille d'aussi grand prix.» Les portes ne s'ouvrent qu'au couplet suivant, où le galant fait connaître définitivement ses intentions :

Ouïrez la porte, ouvrez,

Marie, ma mignonne ; C'est un beau mari qui vient vous chercher, Allons, ma mie, laissons-le entrer.

Madame Sand a dit de l'air de celte chanson : .. Solennel comme un chant d'église. « l'A cela se comprend. Peut-être le poëte qui l'a composé avait-il souffert du mariage. Dans toutes les chansons de noces faites par le peuple il y a un fonds de gravité :

Héla! la poure fille Qu'a/le a donc de chagrin !

Tel est souvent le refrain obligé. Les nombreuses chansons de mariée du Poitou, de la Vendée, de la Bretagne, sont graves, sévères el inflexibles. Aussitôt les cérémonies de l'église terminées, le mari parle déjà en maître. I,a même chanson se retrouve dans le Berry avec un seul couplet demi-badin :

Vous serez pas ce soir C'que vous étiez la veille ; Seulette en router lit Où ions cliez lermeille!

Mail, un', faut ions gêner Pour un époux placer.

Le père présente des Ileurs à la mariée, afin de lui apprendre ,

- Madam', que vos couleurs Pass'ront comme ces (leurs. -

Après les fleurs, c'est un morceau de gâteau qui indique

. Que pour le pain gagner, Madam', faut travailler. -

Travail, peines, soucis, beauté qui passe, misère el labeur, sonl le refrain obligé de celle poésie morale comme un proverbe de Salomon. El cependant ■ maigre ces rudes enseignements qui n' enveloppent pas de miel leur rude sincérité, le mariage semble plus sérieux au village qu'à la ville. La sincérité qui y a présidé ni' le consolide-t-elle pas? A la ville, la femme, en se mariant, aspire à la liberté, quand elle devrait se contenter de Y union, qu un poète populaire du Hcrry a chantée en un couplet dont le dernier vers est admirable de sentiment et de simplicité :

Ali! mon vrai Dieu! je ses au lit,

Je ses au lit couchée luter les bras de mou mari

Qui m'y dit sis ptmétt.

(llUUI'KI.Kl 111 .

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