GUYENNE ET GASCOGNE
NICHAI T V El li LAIT. — LA FILLE DU PRÉSIDENT. — DÈS LE MAT IV.
H est difficile, on quelques payes, de donner une idée de la poésie populaire dans une province qui ne renferme pas moins de neuf départements, vingt-cinq villes importantes et d'immenses différences dans les mœurs, les usages et la langue. Chaque département devrait avoir son historien, rien que pour ce qui touche à la littérature populaire, et cependant il n'en est rien. Le midi de la France est en relard pour ces sortes d'études, en retard de vingt ans relativement au nord. La première édition des Barzas-Rreis , de M. de la Villemarqué, date déjà de près de vingt années; la Provence, le Languedoc, la Gascogne, n'ont encore rien fourni. Et cependant la matière ne manque pas. Tout le monde a chanté dans ces provinces, jusqu'aux pâtres du Quercy, qui, pour se faire entendre à de grandes distances, entonnent un chant dit de la Vallière. Il est à remarquer que les campagnes conservent plus que les villes le souvenir des personnages historiques. Le nom de la Vallière, qui sert de ralliement aux pâtres, me fait penser aux villages du centre delà France, où les paysans appellent encore leurs bœufs Mazarin, comme nos cochers de fiacre traitaient leurs chevaux de Polignac. N'est-ce pas dans les chaumières que s'est conservé pur le souvenir de Napoléon? Le département du Gers a été un des plus féconds en pèlerinages, fêtes patronales, cérémonies champêtres de la Gerbe et du Roitelet, qui attendent leurs historiens. Aux environs de Bordeaux se célébrait une fête dont on ignore l'origine. C'est là que prit naissance la fameuse chanson de Jean de la Bcoule, qui se chante le jour de l'Ascension, après la grand' messe, dans une promenade sur l'eau que font le clergé et les autorités. Le bateau, orné de drapeaux et de guirlandes, fait neuf tours dans la Garonne, conduit par vingt rameurs en grand costume. Pendant cette promenade , le fifre et le tambour jouent l'air de Jean de la Bioule.
Dans la Gascogne et l'A gênais, la veille du jour de l'an, se célébrait la Guillotinée, corruption du fameux cri : Au Gui l'an neuf. Les enfants vont demander leurs étrennes en chantant aux portes des riches :
Le bon Dieu ions baille tant de bœufs Comme les poules auront d'œufs!
Gentil seigneur, Ah! donnez-leur la guillonnée !
Le bon Dieu vous baille tant de poulets Que les moissons ont de bouquets!
Ccntil seigneur, Ah ! donnez-leur la guillonnée !
Le bon Dieu vous baille lant de garçons Qu'il est de plis aux cotillons !
Gentil seigneur, Ah! donnez-leur la guillonnée!
C'est la même idée qui pousse les mendiants à chanter la Part à Dieu, qui se retrouve d'ailleurs dans d'autres provinces.
Les noces de l'ancien Bazadais amènent ai ce elles nombre de chansons dont je détache un couplet que chante une jeune fille qui plaide pour la jeune mariée :
Mois, notaire, sur le papier bleu, Qu'il ne la balte pas à coup sûr.
.Mets, notaire, sur le papier, Qu'il ne la balle jamais.
On ne noi:s accusera certainement pas, dai s et Ne publication, d'avoir été hostile au clergé,
cl cependant les chansons ne manquent pas contre les prêtres. A la sortie de l'église, quand on signe sur le registre de la sacristie, les invités, qui attendent sous le porche, chantent ce couplet à tue-tête :
Je vous remercie, monsieur le curé,
Qui n'avez rien fait pour moi; Monsieur le curé , à la barbe rousse ,
A dit peu de messe aux époux.
Monsieur le curé , à la barbe blanche ,
Si peu de messe nous a dit.
Monsieur le curé n'est pas content,
Il voudrait l'épouse et l'argent;
Monsieur le curé n'est pas sot,
Il voudrait l'épouse et l'écu.
Dans ce couplet, on retrouve l'historique du fameux droit du seigneur, qui n'appartenait pas, suivant les historiens du Midi, exclusivement aux seigneurs; en même temps ne semblerait-il pas que les paysans regrettent le temps où ils payaient une dîme aux curés, pour échapper à tous les frais des cérémonies du culte?
Avant le mariage j'aurais dû parler de l'amour.
Dans le département du Lot avait lieu comme partout la plantation du mai par les galants des fdles. Ils sont peut-être moins aimables et plus satiriques qu'ailleurs. Quand un garçon avait à se plaindre d'une fille qui se montrait trop coquette, autour du mai étaient accrochés des ossements d'animaux, des têtes de chevaux et de bœufs tirés de la voirie; images grossières qui contrastaient avec les feuillages, les fleurs et les couronnes des mai voisins.
Les quelques chansons qui vont suivre ont été écrites dans un village par M. d'Araquy, sons la dictée d'un petit berger. Elles étaient en patois, sauf une fort curieuse, que j'avais notée à Besancon il y a quelques années. La première est une chanson contre les servantes : elle n'a que le seul mérite d'avoir été retrouvée dans toute sa pureté :
J'ai une servante :
Elle est fort diligente ; Elle se lève le matin Quand elle est lasse de dormir.
Elle trouve le dîner cuit' , Le mange et rentre au lit.
Elle n'est pas friande; De la paille d'avoine,
Elle mange de toute viande, Elle ne s'en soucie guère;
Soit bouillie, soit rôtie : Mais celle de froment
Elle prend tout ce qu'elle trouve. Y passe bravement.
La gaillardise se mêle fréquemment à ces couplets, et c'est ce qui en rend difficile la publication ; cependant il en est quelques-uns qui laissent percer un petit rayon de sentiment, témoin la chanson de la Justine :
J'ai fait une maîtresse
Trois jours, n'y a pas longtemps;
Mais quand je la lais voir
Elle me fait boire ,
Le soir et le matin,
Le meilleur de son vin.
Justine , ma Justine , Allons-nous promener ; Là-bas dans ces campagnes Il n'y a point de montagnes.
Noos entendrons chanter La voix de nos bergers.
Justine , ma Justine , Préte-moî tes ciseaux Pour couper l'alliance Que nous avons ensemble , L'alliance de l'amour.
Adieu, belle pour toujours.
Justine , ma Justine , Prête-moi ton mouchoir Pour essuyer les larmes Qui coulent sur mon \isage, Les larmes de mes yeux, C'est pour te dire adieu.
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