POITOU
xoi s somi's VKM S VOIS vont. — \.\ v'\i' DÛ MOIS DR MAI. c'kst aujourd'hui la foirr.
Les mariages sont encore de notre ressort; toujours il s'y cliante quelques chansons. Aussi faut-il citer quelques usages singuliers du Poitou.
Avant d'aller à l'église, la mariée attache un ruban à l'épaule de tous les invités, pour les marquer. AOn que les sorciers ne lui jettent pas de sort pendant la cérémonie , comme ils ont coutume de le faire en ce moment-là, elle met une pièce de monnaie dans son soulier ; mais , pour rester la maîtresse en ménage , elle tiendra son anneau nuptial au-dessus de la seconde phalange.
Il existe encore en France, même dans les villes de province, des usages aussi singuliers. "Lorsque les deux témoins tiennent le poêle suspendu au-dessus de la tète des époux , il en résulte des conséquences graves, suivant que le poêle est baissé du côté du mari ou du côté de la femme. S'il est élevé au-dessus de la femme, elle doit devenir maîtresse absolue en la maison, et l'homme sera condamné à attacher ses culottes arec des épingles y façon de dire populaire qui indique sa ressemblance avec la femme. Au contraire, si le poêle touche la tète de la femme et s'élève à un pied au-dessus de celle du mari, elle n'a plus qu'à pleurer sa soumission à venir, son attitude dans le ménage, ses regards timides et sa déchéance. Généralement, le poêle est tenu par un témoin de la femme, et l'autre bout par un témoin de l'homme. On a vu des parentes de la mariée intriguer auprès du témoin du mari pour faire que le poêle touche par hasard sa tête; cette coutume existe encore dans des villes importantes.
En Poitou, chacun donne à la mariée un meuble, un ustensile pour son ménage, après la messe. On appelle cela F 'offerte. A la fin du dîner, dès que le dessert est servi, deux jeunes Clles s'avancent vers elle avec un ménétrier, et lui chantent alternativement un couplet d'une longue complainte sur les peines et les soucis du mariage. Dès le début de la chanson, la nouvelle mariée pleure; souvent elle se lève et va s'asseoir à l'écart; mais les jeunes filles et le ménétrier, après la complainte, vont la chercher pour ouvrir le bal, où elle danse, portant un soulier et un sabot.
Le lendemain, cérémonie du ferrement : un jeune homme se présente, un bonnet de coton sur la tête et un tablier de maréchal devant lui. Il ferre d'abord les nouveaux époux en leur frappant légèrement d'un marteau sous le pied, agit de même avec les autres invités, et est ferré à son tour par un autre jeune homme, qui prend sa place. Il faut que chaquejeune homme ferre et soit ferré.
Lorsque c'est le dernier enfant d'une famille qu'on marie, on brise la vaisselle, et l'on jette des noix dùns la salle où a lieu le repas de noces . Le lendemain , promenade du traîne -balai. .Après le déjeuner, le cortège se forme; on parcourt le village, et le plus âgé de la bande vient derrière, portant un balai au bout d'une perche.
Lorsque quelqu'un meurt, on allume près de lui trois bougies bénies le jour de la Chandeleur, et on lui en met deux en croix sur la poitrine, en l'ensevelissant. Les bougies de la Chandeleur sont conservées religieusement dans les familles . Si le défunt a été parrain , ses bras sont levés croisés; s'il ne l'a pas été, ils restent dans leur position naturelle. S'il savait lire, on met dans son cercueil son ParoisMin, en même temps que son chapelet.
Laissons l'enterrement pour la danse qui a été si renommée dans le Poitou , que partout on la dansait. Avec le bal de Saintonije , la gavotte , I.- menuet . on ne manquait pas de terminer
•o< ]()() Xs-
par le brunie du Poitou; Louis XI s'en faisait donner volontiers le spectaele par les paysans pour oublier ses terreurs.
Les paysans du Poitou chantent au labourage pour exciter leurs bœufs au travail ; ils avaient jadis diverses chansons, suivant le mode de labour. Pour le grand labourage, les nom» des dix bœufs y figuraient tous :
Levreft, Voblct, Kouct, Hérondet, Tonrnag , Cadel .
Pigeà , Alarlecheà , Tartaret , Dnrct ,
Eh! eh! eh! man megnon !
Oh ! oh ! oh ! man valet !
Tous noms tirés de la couleur des animaux : ainsi, Tartaret veut dire noir, la couleur du noirTartare; Rouet, roux; Dorrt, blond, etc. De tout temps les laboureurs excitaient ainsi leurs bestiaux. On en a la preuve dans le Traité de vénerie de Jacques du Fouilloux. (// adolescence de Jacques du Fouilloux, escuyer, seigneur dudit lieu, en Gastines, pays de Poitou). C'était un gai compagnon, grand ami de la chasse, toujours par vaux et par monts, et qui, aimant la nature, l'a dépeinte en beaux vers , ce qui ne l'empêchait pas d'aimer la créature.
Jacques du Fouilloux a poussé l'amour de la réalité jusqu'à donner la notation en plainchant des bergers et des bergères se répondant. Au-dessus de ces notations sont de naïves gravures sur bois, dont nous donnons le fac-similé, représentant une bergère conduisant ses brebis au champ tout en filant.
Comme les bergères erodent leurs brebis, comme la bergère respond à sa rompaignr , Jacques du Fouilloux a curieusement noté ces cris modulés, qui ne sont pas des chansons :
Et o lou va-Iet, o lou va-let, Iou va-let, de re lo.
V oici maintenant la Hesponce de la bergère compaigne.
Apres qu'elle eut son doux chant achcué, D'elle me suys de bien près approché; L'entretenant de parollc ioyensc, Lny promettant un iour la l'aire heureuse.
Elle fut prompte a me prcsler l'oreille , Son petit Cœur souspiranl a inerncille ; Lors la prié dans les genetz nous seoir, Entre nous deux se rengea bon vouloir.
En lisant ces vers, je me suis senti pris d'une v ive admiration pour Jacques du Fouilloux, qui, outre son excellente poésie, est le premier qui ait songé à donner la notation d'un chant populaire; mais l'aventure entamée avec la bergère veut nue conclusion, et le poète la décrite si délicatement, qu'on doit la citer dans son entier.
Ja le soleil longuement esleuc,
Le sien chemin auoyt presqu'acheue,
Lors Cupido nous donna 1 auantage
Dans le vert boys tout rernply de fiicillagc.
En un beau lieu feutré d'herbe et de mousse,
V a despoiiiller des espaules sa trousse :
Et fism ' v u lict sans plume ne cniiuerlc ,
De douces fleurs, et de fougère verte,
Puis son bel arc bien tendu destendit,
En ce beau lieu son gentil corps tendit
De tout son long, sans point estre contrainte Feit son cheuel de la verdure peinte.
Lors me sentant si très près de la belle, Faueur d'Amour me va pousser sur elle : Eu ce beau lieu fut faietc louuerïure Pour accomplir les osuures de Nature , D'vne lanl douée et tant lojale amour, Qui ha dure mainte année et maint iour, Vioant au boys comme vn très bon hennile, Au monde n'ha vi;' plus benedicte.
Chauppliuri