TOUR AINE, MAINE ET PERCHE
LA VERDI, LA VBRDON. — LA VIOLETTE. SU l' POXT DO NORD.
On a coutume dans le bas Maine de battre les blés sitôt la moisson faite. Aussi l'armée des chouans se trouva-t-elle fort amoindrie quand arriva l'époque de la moisson. Beaucoup de fermiers avaient envoyé leurs fils et leurs serviteurs combattre contre les bleus; mais à l'approche de la moisson, se rappelant la fameuse féte de la Gerbe, ils auraient déserté, si on ne leur avait pas accordé la permission de retourner au village.
La fête de la Gerbe est commune à divers pays; madame Sand l'a mise à la scène dans un de ses drames, et la république de 1789 nous a laissé des gravures fort curieuses sur les têtes de l'agriculture, qu'on peut voir dans l'œuvre de Duplessis-Bertaux.
Dans le bas Maine , une gerbe ornée de fleurs et de rubans est attachée par des liens invisibles à un piquet enfoncé en terre. On court chercher le fermier et la fermière, afin de les prier d'aider à soulever cette gerbe si lourde. A force d'efforts les liens sont arrachés. \'est-ce pas un symbole des difficultés de l'agriculture? La gerbe est portée en triomphe, accompagnée de chanteurs, pendant que deux hommes, armés de balais, répandent des nuages de poussière sur les chemins. Les enfants suivent en portant des épis de blé. Une place était réservée aux étrangers de passage, qui avaient droit à un bouquet de fleurs des champs offert par les jeunes filles sur un plat d'étain. Le vanneur marchait à la suite en faisant voler le blé en l'air ; les batteurs frappaient en cadence la terre avec leurs fléaux ; après avoir fait le tour de l'aire, la gerbe était déliée et étendue, les coups de fusil éclataient. Sur une chaise parée de linge blanc se trouvaient une miche de fine fleur de froment, une pelote de beurre, du vin, afin que chacun pût boire à sa suffisance. Le soir, c'étaient d'excellents fromages de lait caillé que les voisines apportaient en cadeaux aux batteurs. Le laitage servi, cinq jeunes garçons et jeunes filles apportaient un bouquet à tous les convives, mais en ne manquant pas de les brosser et épousseter vigoureusement des pieds à la tête. Chaque homme, sous le prétexte d'avaler une cuillerée de lait caillé offert par une jeune fille, en avait le visage et les habits barbouillés. C'est alors que commençait la chanson des moissonneurs.
Voilà la Saint-Jean passée , Le mois d'août en approchant, Où tons garçons des villages S'en vont la gerbe battant.
Ho! batteux , battons la gerbe, Compagnons, joyeusement!
Par un malin je me lève Avec le soleil levant; Là, j'entre dedans une aire, Tons les batteux sont dedans.
Ho ! batteux , etc.
Je sain' la compagnie, Les maîtres et les suivants; IL étaient bien vingt ou trente, N'cst-c' pas un beau régiment?
Ho! batteux, etc.
Je sain' la jolie dame Et tous 1rs petits enfants; Et dans ce jardin-là j'entre Par une porte d'argent.
Ho! batteux, etc.
Vlà des bouquets qu'on apporte Chacun va se fleurissant ; A mon chapeau je n'attache Que la simple tlcur des champs Ho ! batteux , etc.
Mais je vois la giroflée Qui fleurit, et rouge et blanc; J'en veux choisir une branche :
Pour ma mic c'est un présent.
Ho ! batteux , etc.
Dans la peine, dans l'ouvrage, Dans les divertissements, Je n' oubli' jamais ma mic; C'est ma pensée en tout temps.
Ho ! batteux , etc.
Ma mi' reçoit de mes lettres Par l'alouette des champs, Clle m'envoie les siennes Par le rossignol chantant.
Ho ! batteux , etc.
Sans savoir lir' ni écrire, Nous lisons c'qui est dedans.
Il y a dedans ces lettres :
Aime-moi, je t'aime tant!
Ho ! batteux , etc.
Viendra le jour de la noce, Travaillons en attendant; Devers la Toussaint prochaine J'aurai tout contentement.
Ho! batteux, ballons la gerbe, Couipauuons , joyeusement.
Je n'ai pas besoin d'insister sur le charme des derniers couplets; malheureusement je n'ai pu m'en procurer la musique. Les paysans du bas Maine ont toujours beaucoup chanté; on connaît dans le pays des chansons pour les différentes époques de la vie et les travaux importants. Les jeunes filles, en revenant des champs, chantaient en chœur aux approches de la ferme :
Maîtresse , apprêtez à souper :
Seules les bois nous faut passer, Il est bien temps de s'en aller.
Comment les passcrai-je, les bois?
Seulctte je m'en vas, etc.
La fameuse chanson de la mariée se chante également dans le Maine ; elle offre tant de variantes, paroles, musique, quoique l'idée soit la même, que je ne citerai que les deux derniers vers du premier couplet, que chacun répétait en chœur à la fin. Il s'agit du mari.
il doit être, qu'il soit!
Qu'il soit tout comme il doit!
La règle inflexible du mariage est nettement indiquée dans ces deux vers significatifs.
Au Mans et dans les environs, l'arrivée de Noël était chantée plusieurs jours auparavant par le refrain : Xo! Xo! Les antiquaires y voient des souvenirs celtiques; je ne m'aventurerai pas à les suivre sur ce terrain. Dans les environs du Mans, les moissonneurs chantaient des couplets en l'honneur des blés :
Au bois , joli bois.
Oh! je m'en vas!
Ces chansons, où la chaleur du jour est accusée avec de grands détails, avaient pour but de pousser le fermier à donner la clef de sa cave pour rafraîchir le gosier des laboureurs.
La Touraine, dont nous publions trois chansons, n'est pas si riche en coutumes populaires. Je n'ai rien trouvé de particulier aux Tourangeaux (par Tourangeaux, j'entends les gens de Loches, de Chàteau-Chinon , d'Amboise, de Tours, etc.) Je ne parlerai pas de la Violette ni de la chanson La verdi, la rerdon; elles ont été envoyées du pays même par des personnes qui s'intéressent à ces mélodies; mais on s'étonnera peut-être qu'une chanson intitulée : Su
l' pont du Xord , provienne de la Touraine. M. Wekcrlin l'a notée lui-même chez M. T
à Rosières, pendant que deux petites filles la chantaient.
Le l'ont du Xord est, dans L'esprit des chanteurs populaires, presque aussi célèbre que le fameux Pont d' Avignon, sur lequel tout le inonde n'a pas passé, mais que tout le monde a chanté. Où se trouve ce fameux pont du Xord? On n'en sait rien; il appartient à la géographie des chanteurs qui ne savent pas un mot de géographie. C'est une ronde enfantine comme le Pont d'Avignon, et il faut croire que les ponts ont une singulière influence sur l'imagination des enfants, puisqu en Suisse même on chante le Pont d'Avignon, et que les enfants des enfants de nos enfants iront voir jouer aux ombres chinoises le Pont cassé.
CiuurPLiuRi .