‹ Chansons populaires des provinces de FranceChapitre 7 sur 124 · FLANDRE · texte numérisé non relu

FLANDRE

LA FETE DE SAINTE ANNE. LE HARENG SAIE. LE MESSAGE» I)'aM()LR.

Qui no se rappelle ces anciennes estampes flamandes où sont représentées les joies du carnaval? Les déguisements ne brillent ni par l'esprit ni par la distinction; la batterie de cuisine en fait les principaux frais. Une marmite sur la tête, une cuiller à pot en guise de plumet , des bassines de cuivre sur lesquelles on frappe: voilà pour la musique et l'habit; d'autres entrent dans de larges paniers qui servent aux marchés et se barbouillent la figure de suie ou de farine. Telles sont les mascarades flamandes. En voyant ces tableaux, on pourrait les prendre pour une image d'un carnaval groé'nlandais. Et cependant, les mêmes fêtes se passent dans les villages de France, non loin de Dunkerque.

A Bailleul, à la Noël, des enfants, des femmes et des vieillards vont chanter par groupes

de trois ou quatre, de maison en maison : les uns portent une étoile de carton au bout d'un

bâton; les autres, un arc tendu et une vessie dont ils jouent avec un archet. On leur donne

des gauffres et des pâtisseries. Quelquefois les chanteurs, habillés en bergers et bergères,

courent les rues en chantant la Chanson du Rommclpot :

Donnez pour le rommclpot, — donnez pour remplir la gamelle. — Van de lierc, liere om la. — Bonne femme, donnez-nous la part de Dieu. ( Dieu vous assiste. )

— Dieu m'a si longtemps assisté, — que j'ai pu traire mes vaches et tondre mes brebis. — Van de liere, etc. — Bonne femme, etc.

(Dieu vous garde. )

— Dieu m'a si longtemps conservé, — que je porte une barbe grise. — Van de liere, etc. — Bonne femme , etc.

Cet instrument, appelé rommclpot , est resté populaire. C'est un pot de terre recouvert d'une peau de vessie tendue au milieu de laquelle on introduit un tuyau de paille ou de jonc. On en joue comme du tambour de basque, en mouillant les doigts ou en frottant le tuyau qui rend un son semblable à celui des toupies d'Allemagne.

u Pendant presque tout l'été, dit M. de Coussemaker, mais principalement à certaines fêtes , comme celles de saint Jean , saint Pierre et saint Paul , les enfants flamands ont coutume de chanter en dansant des rondes. Ces danses se pratiquent le soir, vers le coucher du soleil. Elles sont connues à Dunkerque sous le nom de Roozenkoëd, ou danses du Chapeau de roses, parce qu'elles ont lieu sous une couronne et des guirlandes de fleurs suspendues au milieu des rues : ces sortes de danses sont accompagnées de jeux et même de pantomimes qui leur donnent un aspect et un caractère particuliers. »

Voici la ronde du Ruban :

a Jeune fille, conserve ce ruban de pourpre; il doit être porté par toi dans la danse des jeunes vierges, dans la danse si belle que vous dansez à la viole, d'une façon gentille! Jeune fille, conserve ta couronne, c'est par toi qu'elle doit être portée. »

A la fin , une jeune fille est choisie pour être couronnée et parée de rubans.

La poésie populaire dans la Flandre française est plus matérielle qu'ailleurs, quand elle est

matérielle. Je veux citer deux chansons de buveurs, une d'hommes et une de femmes.

La première est la Pinte :

Si je bois une pinte, — Je bois comme un petit porc. — Si je bois une cannelle, — Je bois comme un homme. — Si je bois un pot, je m'affaisse. — Jamais de la vie — Je ne boirai plus de genièvre !

Celle des femmes a pour litre : Lire boulire. :

Jacqueline, Catherine, Isabelle cl Martine, — Cata et Sara , — Buvaient ensemble de l'eandc-vie. — Lire boulire, lire boula! — Ensemble elles dansaient une ronde : — Lire boulirc, lire boula! — Et Thérèse disait : s Versez encore — El crions : Le roi boit : — Et là-dessus elle avala son verre. — Lire boulirc! lire boula!

Est-ce que ce refrain de Lire boulire! lire boula! ne ressemble pas aux refrains des

négresses ivres de tafia? Mais toutes ne sont pas aussi flamandes dans le sentiment de Brawer, et je donne la chanson de la Fêle de Sainte Anne connue un modèle de passion et d'emportement tout espagnols. Cette pauvre fille qui veut épouser son amant pauvre et qui s'excite en répétant : Hé! courage! rivât! sa sa! m'a fait penser aux fiévreuses mélodies des danses espagnoles, accompagnées de cris des danseurs, de castagnettes et de tambours de basque sonores. La passion enflamme les gens du Xord comme ceux du Midi, et je ne sais trop si les gens du Xord ne sont pas plus convaincus en amour. Un esprit froid qui s'emporte tout à coup dépasse en indignation et en colère profonde le Méridional qui joue sans cesse avec de faux cris. Quelle différence de sentiment sépare ce joli morceau de poésie la Fête de Sainte Anne de la Ronde des Filles de Quimperlé! Deux amoureux se présentent, l'un riche et l'autre pauvre, comme dans la chanson bretonne; un jeune et un vieux. La pauvre ouvrière dentellière comprend bien l'utilité de la richesse, sa mère ellemême la lui fait entrevoir ; mais , à ce riche aux grandes oreilles de Quimperlé , elle préfère le pauvre ouvrier de Bailleul. Hé! courage! vital! Elle l'aime, et quand viendront les jours de revers, elle répétera : Hc! courage! vital! N'y a-t-il pas quelque chose de touchant dans ce refrain qui se met ù travers des misères et des peines de cette vie?

Tout n'est pas aussi poétique dans cette partie de la France; on l'a vu par les chansons de buveurs. Il y a quelquefois dans l'esprit flamand un côté singulier, insaisissable, et qui ne manque pas cependant d'un certain charme. Telle est , par exemple , la Chanson du Hibou :

Le hibou était assis sur un poirier; au-dessus de lui se trouvait un chat. Vive le hibou!

Ce fut là qu'il se cassa la patte; on l'entortilla dans un sac. Vive le hibou!

On le transporta chez le médecin; madame vint ouvrir elle-même. Vive le hibou!

On lut tira à peu près six onces de sang; c'est dommage qu'il doive mourir. Vive le hibou!

Mais le Hibou est un modèle de raison et de bon sens, à côté des paroles suivantes du fameux Carillon de Dunkerque, qu'on pourrait croire composées par un horloger détraque :

l'n jupon de calemandc

Kt par-dessus un ma nie Ici blanc...

Sais-tu où je demeure?

Dans le quartier Saint-Gilles.

L ne casaque de toile ,

Un jupon de nattes ,

Qui ne rirait aux éclats ?

Il est coiffé d'une poêle à frire!

On me dirait que ce petit morceau de poésie est le fruit des réflexions du carillon lui-même, que je n'en serais pas étonné.

Avec la ballade de la Fête de Sainte Anne, nous donnons, comme chanson caractéristique, les couplets sur le Hareng saur, dans lesquels le poète s'est appliqué complaisamment à chanter la tête, l'œil, le ventre et la queue du poisson qui est le gagne -pain des marins. Ces sortes de chansons, où chaque détail d'une chose importante est analysé, sont communes par toute la France. Ici, c'est le hareng saur; lu, c'est la femme; ailleurs, c'est le vin. Je me souviens d'avoir entendu chauler par un ouvrier parisien des couplets où il était question des cheveux, des dents, de la gorge, des bras, des jambes, etc., de la femme. C'était interminable, u II y en a, me disait le chanteur, pour toutes les compartiments de la femme, n

Ckjuipflii rv

Page 1